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L'espace coréen : du temple aux grands ensembles (1/3)

par Thierry B., le 01/11/2007

Au commencement, il y avait une interrogation : pourquoi la Corée aime-t-elle tant les grands ensembles ? Pourquoi, en plein Séoul, mais aussi dans les villes de banlieue et jusqu'aux provinces éloignées, retrouve-t-on les mêmes barres rectangulaires de dix à vingt étages ? Comment expliquer qu'une forme architecturale si décriée en France ait rencontré dans ce pays la faveur des classes moyennes et supérieures ?

On aurait pu se contenter, pour répondre à ces questions, d'ouvrir Séoul, ville géante, cités radieuses, lecture passionnante, ouvrage de référence consacré aux apatu tanji (grands ensembles coréens) par la géographe Valérie Gelézeau .

Toutefois un voyage en Corée, un séjour dans un de ces grands ensembles et des promenades à travers Séoul — mais aussi la visite des temples bouddhistes et du palais royal, l'expérience d'une nuit en maison traditionnelle (hanok), des balades jusqu'au bout de la Corée — m'ont obligé à regarder plus loin que les tanji. À considérer, avant l'apparition des grands ensembles, la grande tradition de l'architecture coréenne. À apercevoir, au-delà des barres et des tours, la courbe des montagnes et, en deçà, la surface des rizières. Il s'agit donc dès lors d'esquisser une présentation de l'espace coréen dans son ensemble, avec sa cohérence et ses ruptures, traces d'une Histoire qui va, dans ce pays, plus vite qu'ailleurs.

http://thbz.org/images/hangug/suwon/suwon.jpg
© Thierry B.


L'espace traditionnel coréen

L'architecture traditionnelle n'a pas disparu en Corée : il s'agit à la fois de restes du passé (nombreuses maisons traditionnelles à toit de tuile ou hanok) et d'un patrimoine désormais préservé (temples bouddhistes) voire reconstruit (palais et pavillons à Séoul ou dans l'ancienne capitale Gyeongju). Cette architecture concerne à la fois les logements et les édifices religieux bouddhistes.

Les temples bouddhistes jouent un rôle particulier dans le paysage par leur position sur le flanc des montagnes. On décrira ensuite l'organisation de l'espace dans le hanok. Ces deux éléments nous serviront ensuite de point de référence pour analyser la rupture qu'a constituée le phénomène des tanji dans la Corée moderne.

Le temple et la montagne

Dans l'architecture du temple bouddhiste comme dans son implantation, le contexte est primordial. Loin de constituer un espace clos et suffisant à lui-même comme le château français associé à son jardin (microcosmes de Versailles ou de Vaux-le-Vicomte, refermés sur eux-mêmes), le temple forme une entité paysagère unique avec son environnement. Le fidèle arrive depuis la vallée, traverse plusieurs portes monumentales et parvient finalement au pavillon central consacré à Bouddha-Sakyamuni (ou à Amitabha). De part et d'autre, d'autres pavillons consacrés aux bodhisattvas, aux génies chamaniques. Au-delà du temple, la forêt. Plus haut, la montagne. Devant, souvent, un cours d'eau comme le préconise le pangsu (feng shui coréen).

Ce lien entre le temple et la montagne est aussi le résultat de l'histoire. À l'époque Joseon (1392-1910), l'idéologie confucianiste dominante a relégué le bouddhisme loin des lieux de pouvoir et des agglomérations.

http://www.thbz.org/tanji/temple-montagne.jpg
Deux vues du temple de Hwaeom-sa (province du Jeollanam) - © Thierry B.

La disposition des bâtiments est le résultat de contraintes physiques et religieuses : on quitte progressivement le monde de la vallée en gravissant la montagne. De la sorte le temple s'adapte au site naturel au lieu de chercher à adapter celui-ci à ses besoins.

L'intégration au paysage joue à tous les niveaux de l'architecture.

Les poutres sont faites du bois des arbres qui recouvrent les pentes environnantes ; on recherche même des arbres au tronc recourbé pour les poutres de la charpente, toujours incurvée. C'est un travail d'artisanat, que le charpentier réalise sur place mais sans prendre des mesures de la même manière que son collègue occidental : il compare les troncs et les assemble en fonction de leurs caractéristiques et de l'effet qu'il souhaite produire.

À cette courbe des toits, si élégante, si spécifiquement coréenne (seon), répond la douceur des formes du paysage coréen : ici, la montagne, toujours arrondie, donne un sentiment de plénitude très éloigné de la démesure sublime des pics enneigés et des falaises de pierre européennes.

Les fenêtres et les portes elles-mêmes participent au jeu élaboré des courbes et des droites, des ombres et de la lumière, de l'extérieur et de l'intérieur, du vide et du plein. À travers les ouvertures, semblables au cadre d'un tableau, s'assemblent un morceau de toit, le mur d'un pavillon, un pin, la montagne en arrière-plan, les nuages dans le ciel : l'espace architectural s'approprie l'espace dans une composition naturelle qu'on a qualifiée de « paysage emprunté » (« borrowed landscapes »).

http://www.thbz.org/tanji/borrowed-landscapes.jpg
Divers exemples de « paysages empruntés » au palais royal de Séoul, dans une maison traditionnelle et dans des temples bouddhistes du Sud - © Thierry B.

L'architecte coréen Yim Seock-Jae, dans Roofs and Lines et dans The Traditional Space, décrit avec finesse les variations des courbes, des rythmes et des ombres et en analyse la portée esthétique, philosophique et spirituelle.

Le seon, en recourbant le toit dans les trois dimensions, transforme son aspect selon le point de vue. Yim Seock-Jae étudie les fines variations de l'architecture coréenne selon qu'elle se conforme à l'esprit du bouddhisme (temple) ou à la vision du monde confucianiste (palais, académies). On se contentera ici de prendre pour exemple le palais royal de Séoul :

http://www.thbz.org/tanji/trois-vues.jpg
© Thierry B.

Le toit projette son ombre sur le sol, sur les murs des autres bâtiments, contribuant à unir tout le bâti et la nature elle-même dans une composition unique :

http://www.thbz.org/tanji/ombres-toits.jpg
© Thierry B.

Tous ces effets sont intimement liés à la position du visiteur, au temps qui passe et au temps qu'il fait. Rien n'est permanent et les frontières strictes n'existent pas :

« The traditional space is not fixed as a single state. It is impermanent, so it is constantly variable. The traditional space is also transient. What the eyes see is only one transient phenomenon of the constantly variable states. Traditional space is circular. There is no outer boundary and no inner focal point. » (The Traditional Space, p. 73)

La vie au contact du sol

Les maisons traditionnelles, contrairement aux temples, ne bénéficient pas d'un environnement privilégié. On en profitera donc pour examiner comment se présente leur espace intérieur. On n'évoquera que les hanoks, maisons à toit de tuile réservées à l'élite (yangban), par opposition aux maisons traditionnelles à toit de chaume utilisées par le peuple.

Si le visiteur peut facilement apprécier, au moins de façon superficielle, la beauté des temples bouddhistes, l'expérience du hanok est plus déstabilisante. Découvrir une autre façon d'habiter une maison : entrer, se déplacer, se nourrir et se laver, dormir même, c'est remettre en cause des habitudes intimes, des automatismes hérités de notre enfance.

Le toit traditionnel, qui embellissait le temple et le reliait à l'environnement boisé et montagneux, participe ici à l'organisation des déplacements dans le hanok : l'avant-toit, très large, protège les chaussures que l'on ôte avant d'entrer, ce qui permet de circuler pieds nus. La pièce intérieure est surélevée parce qu'elle recouvre un système de chauffage par le sol : l'ondol, l'une des grandes inventions de la Corée avec l'imprimerie à caractères mobiles métalliques et le système d'écriture (hangeul). Le système du ondol contribue à faire du sol l'élément le plus important de l'espace intérieur traditionnel. Chaud, il attire les corps : on s'assied directement par terre, on se couche même par terre. Encore aujourd'hui, l'ondol est installé dans les appartements modernes et certaines personnes préfèrent dormir sur le sol pendant l'hiver.

http://www.thbz.org/tanji/hanok.jpg
© Thierry B.

C'est aussi le rapport au sol qui détermine ce qui est intérieur ou extérieur. Cette frontière est incertaine et mouvante : depuis la cour intérieure jusqu'à la chambre, on passe par une série d'étapes qui chacune marquent une progression vers l'intérieur. Si l'avant-toit permet d'ôter les chaussures, tout l'espace situé dans la maison ne relève pas au même titre de l'espace intérieur :

    * la cuisine comprend un four. Outre sa fonction de cuisson, il alimente l'ondol de la chambre située au cœur de la maison, juste de l'autre côté du mur. Il est donc situé au ras du sol, ce qui oblige la cuisinière à travailler accroupie ;
    * la cuisinière doit passer par l'extérieur et ôter ses chaussures pour apporter le repas, par exemple dans le salon principal. Ce salon, souvent non chauffé par l'ondol, reste largement ouvert sur l'extérieur.

Les pièces sont séparées par des parois de papier traditionnel (hanji), légères et translucides : l'obscurité n'est donc pas totale. S'agit-il de séparation ou de simple délimitation ? L'affectation des pièces n'a pas toujours la même rigueur que chez nous : on pourra ainsi prendre son yo (matelas très fin qui permet de bien profiter de l'ondol) et l'étaler là où on le souhaite.

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Deux intérieurs : au palais royal de Séoul et dans un hanok du sud du pays - © Thierry B.

On pourrait donc décrire une série d'enceintes concentriques : pièce, maison et enfin cour fermée de tous côtés qui isole la maison du quartier. Les hanoks, construits de plain-pied et entourés d'un mur de pierre, ne laissent voir à l'extérieur que leur toit qui participe au paysage urbain. Pas moyen pour le passant, sauf de manière fugitive lorsque la porte de la cour s'entrouvre, d'apercevoir ce qui se passe à l'intérieur. Mais une fois entré dans la cour, les différents espaces s'interpénètrent et sont dans une certaine mesure ouverts au regard.

L'intimité est donc préservée au niveau de la famille plutôt qu'à l'échelle de l'individu. En Europe, à l'inverse, nous construisons notre maison au fond d'une cour ou d'un jardin visible depuis la rue, mais une fois dans la maison nous séparons les pièces au moyen de murs épais et, si possible, insonorisés.

On constate la même conception de l'intimité dans un bon restaurant coréen. Chaque groupe y bénéficie d'une pièce close ou au moins de paravents qui l'isolent des autres clients, mais les plats ne sont pas présentés en portions individuelles : tous les membres d'un même groupe plongent leurs cuillères dans les mêmes bols de soupe et plantent leurs baguettes dans les mêmes petits plats (banchan).

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L'espace coréen : du temple aux grands ensembles 2/3 : "La Rupture".
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