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Vous m'apprenez des choses concernant la francisation de ces pays lusophones - d'ailleurs très prisés aujourd'hui par les touristes portugais... 
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Pour l'Angola je ne savais pas, mais pour ce qui est du Mozambique (je cherche toujours les articles sources, sinon j'ai juste des documents de l'OIF et des articles wiki) l'enseignement du français a été étendu au secondaire après un fort développement dans l'enseignement supérieur. Le français a été introduit dans les années 1990, mais depuis quelques années, avec notamment l'entrée du pays dans l'OIF (membre observateur comme trois autres pays africains lusophones) et l'élargissement de l'enseignement du français aux classes plus jeunes, on peut se demander si le pays est en cours de francisation ou s'il s'agit juste d'un programme plus large d'apprentissage des langues étrangères.
Il paraîtrait plus évident pour des pays "enclavés" en zone francophone comme la Guinée-Bissau ou le Ghana de se franciser. Ces deux pays ont aussi rejoint l'OIF. Ce n'est pas une preuve en soi d'une quelconque francisation concrète, mais ça témoigne d'une volonté d'ouverture.
En tout cas, il ne faut pas sortir le champagne ou mettre la charrue avant les bœufs, si vraiment certains pays optent pour une politique de francisation, ça ira au rythme du pays et ça dépendra de l'évolution de celui-là. Si aujourd'hui un pays et sa population ont intérêt à apprendre le français, ce ne sera pas nécessairement le cas dans vingt ans et vice-versa.
Autant je vois bien une progression du français maternel ou première langue, autant j'ai du mal à visualiser le français devenir première langue étrangère d'apprentissage devant l'anglais ou autres, sauf cas exceptionnel. Déjà, le français se taille une bonne seconde place dans nombre de pays et conserve la première au R-U, ce n'est pas une situation qu'il faut compter pour acquise.
Je ne connais pas la politique linguistique des pays hispanophone et lusophone, de ce fait, je ne peux pas dire si ces pays seraient réceptifs au français. À creuser...
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L'introduction du français dans l'enseignement secondaire au Mozambique est plutôt symptomatique du développement quantitatif et qualitatif de l'enseignement, ce dont on se réjouira, mais de là à parler de francisation il y a une marge.
En Angola, par contre, un des articles que je cite fait référence à l'enseignement primaire, destiné aux enfants entre 5 et 10 ans, dans un pays où le portugais n'est pas forcément la langue première le mouvement est beaucoup plus significatif. Reste à savoir si l'expérience demeure à l'état embryonnaire ou est généralisée, je l'ignore...
La situation en Guinée-Bissau est beaucoup plus intéressante à suivre. D'après cette étude brésilienne, malheureusement en peu ancienne, le français occuperait la seconde place après le créole et devant le portugais...
A situação se agrava devido ao fato da Guiné-Bissau ser um país encravado entre países francófonos e com uma comunidade imigrante expressiva vinda do Senegal e da Guiné (também conhecida como Guiné-Conakri). Por causa da abertura à integração sub-regional e da grande participação dos imigrantes francófonos no comércio, existe presentemente uma grande tendência de as pessoas utilizarem e aprenderem mais o francês do que o português. Há aqueles que defendem que, atualmente, o francês já é a segunda língua mais falada na Guiné, depois do crioulo.
Pour répondre à ta question sur les pays hispanophones, il n'y a en Afrique que la Guinée Equatoriale. J'imaginais la situation comparable à la Guinée-Bissau, tant le pays est petit, isolé et intégré dans un vaste ensemble francophone. Il n'en est rien, en dépit de son statut de langue officielle, de l'aveu même de l'un de ses diplomates la population ne connait pas le français. Par contre ce même diplomate avance un ambitieux 90% de connaissance de l'espagnol, largement nuancé pour ne pas dire contredit par cette étude universitaire qui voit la langue espagnole elle-même menacée dans le pays...
ziegfried a écrit:
Pour revenir sur le post précédent concernant le Maroc, je trouve que c'est une bonne idée. Outre les considérations nationalistes et indépendantistes qui ont conduit à favoriser l'arabe face au français, il me semble, d'un point de vue plus pragmatique, évident de remettre le français à une place de premier rang. Le Maroc est géographiquement, politiquement, économiquement et culturellement bien plus proche de l'Europe du Sud que de l'Arabie. Le Maroc devrait se rapprocher (encore plus) de l'Europe, mais aussi du reste de l'Afrique (mais il y a le problème du Sahara Occidental...
) c'est la stratégie la plus évidente.
Qu'un festival du rire (à Marrakech) en français puisse être organisé et rencontrer un tel succès dans un pays où cette langue est rarement langue maternelle, ce n'est pas anodin. Le Maroc est, avec l'Algérie et la Tunisie, à la croisée du monde arabe et de la francophonie. C'est un énorme atout : pour ces trois pays, mais aussi pour la francophonie elle-même. A l'heure où on nous parle de plus en plus de choc des civilisations entre le monde arabe et l'Occident, créer des ponts est essentiel. La francophonie compte en son sein des pays occidentaux (européens d'une part, nord-américain de l'autre), des pays arabo-musulmans, des pays d'Afrique noire, ainsi que des pays et territoires insulaires aux quatre coins du monde (Haïti, l'outre-mer français). J'exclus volontairement des pays membres de l'OIF, mais au final assez peu francophones, comme les trois pays de l'ancienne Indochine, mais si des partenariats peuvent aussi se développer avec ces états-là, la francophonie aurait alors aussi un pied en Asie du Sud-Est.
Reste maintenant à tirer le meilleur de la francophonie. C'est une autre paire de manche. Sur le plan économique, les partenariats privilégiés doivent respecter les règles de l'OMC, sans compter la présence d'autres alliances plus importantes (UE, CEEAC, CÉDÉAO, ASEAN...). Des alliances qui, bien souvent, comportent également un volet politique. Et sur le volet politique, justement, les différentes cultures politiques ou sociales (ne fut-ce que sur les droits de l'homme) ne favorisent pas non plus un rapprochement entre tous les états francophones.
Reste alors la culture. Mais force est de constater que malgré l'utilisation d'une langue commune, les échanges restent faibles. Ou alors limités aux différentes sphères culturelles intra-francophones : entre les pays européens (voire occidentaux, avec le Canada, mais dans une moindre mesure) en tout cas. Je ne sais pas ce qu'il en est entre pays francophones du Maghreb, d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique centrale, etc. Le français, c'est une langue, mais des cultures.
Ce que j'ai pu remarquer, c'est que déjà le français était langue privilégiée chez une certaine "classe" sociale assez aisée et cosmopolite. Ces gens-là ont plus facilement accès au monde extérieur et peuvent donc créer des réseaux basés entre autres sur la langue française. Tandis que, des personnes moins aisées et/ou plus "renfermées" auront moins tendance à nouer des liens à l'étranger, quand bien même elles parleraient français.
Je viens de lire ce fil passionnant sur la francophonie. La plupart des contributions datent de 2010, et relatent une forme d'indifférence (pour ne pas dire plus) des élites françaises - monde politique en tête - envers la diffusion et l'éclat de notre langue dans le monde. Pensez-vous qu'en 2016 ce constat soit toujours valable ou y a t-il eu infléchissement de notre politique (pris dans son sens général) à cet égard?
"Ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais mais aux graines que tu sèmes" R.L. STEVENSON
Je ne m'intéressais pas à ce sujet à l'époque, mais je n'ai pas l'impression que la politique française vis-à-vis de la francophonie aie vraiment changé. On reste (c'est du moins ce que je constate) dans une dualité de politique défensive de la langue comme fierté nationale, mais de passivité face à la mondialisation. Pour résumer, la politique se résumerait à défendre bec et ongles le français, mais en partant perdant d'avance, en étant persuadé que c'est une langue à l'agonie. J'ai l’impression que la politique française voit plus le français comme garant de l’indépendance française plutôt que comme un instrument de rayonnement mondial. En gros, la politique française pense le français à l'échelle du pays et pas du Monde. Dites-moi si je me trompe.
ziegfried a écrit:
J'ai l’impression que la politique française voit plus le français comme garant de l’indépendance française plutôt que comme un instrument de rayonnement mondial. En gros, la politique française pense le français à l'échelle du pays et pas du Monde. Dites-moi si je me trompe.
La France a multiplié les "Instituts français" dans de nombreuses villes, à l'instar du Goethe Institut allemand et de l'Instituto Cervantes espagnol. Ce n'est pas nouveau, mais cela participe quand même au développement de la culture française à l'international.
La défense de la langue française par le monde politique français est une chose. Mais à côté de ça, lorsque la France le veut, elle n'hésite pas à utiliser sa culture pour rayonner. Parfois, cela pose problème (à mes yeux), car la francophonie (avec un "f" minuscule ; pas l'OIF) est alors utilisée à cette seule fin.
L'exemple qui me vient souvent en tête était la volonté, en 2007, de Nicolas Sarkozy augmenter la part française dans la gestion de TV5 Monde (pour rappel, une chaîne aussi financée par la Belgique (Communauté française), le Canada (et le Québec) et la Suisse). Son discours était clair : TV5 Monde devait devenir une vitrine de la culture française à l'international, aux côtés de France 24 et RFI (lesquels sont quant à eux 100% français). Finalement, la France a augmenté sa participation financière, et les autres participants ont dû faire de même pour "garder leurs parts".
On en revient au problème que j'évoque plus haut, à savoir le manque d'échange - en l'occurrence sur le plan culturel - entre les différentes sphères culturelles francophones. TV5 Monde diffuse ses programmes à travers la planète, mais ne favorise pas plus que ça les échanges. En Europe (en Occident ?), on est prompt à exporter notre culture, mais on n'est pas spécialement réceptif à ce qui se fait ailleurs dans la francophonie... Il y a bien entendu le problème du manque de connaissance de nombreuses références (raison pour laquelle certaines œuvres belges sont difficilement exportables en France, par exemple, tandis que l'inverse est rare car les Belges francophones connaissent bien leur grand voisin (à travers les médias)).
Ça rejoint ce que je disais, dans la politique française, le français est un vecteur nationaliste et un instrument de pouvoir. Son but est de promouvoir la France et sa culture avant de promouvoir les cultures associées à la langue. Sûrement une vieille habitude colonialiste. On voit quand même que la France veut mettre sous sa tutelle les territoires francophones, les garder ans sa sphère. Si d'un point de vue échanges c'est une bonne idée, ça reste quand même fait dans l'idée de maintenir un statut et un sphère d'influence.
Hum... Si ça vous intéresse, j'avais écrit un poisson d'avril sur le sujet, ici : http://www.plume-escampette.com/la-lang … eparation/
Le pire, c'est que certains ont vraiment cru ce que je racontais (voir commentaires), ce qui prouve que dans le fond, ce que je remuais n'étais pas si absurde que cela...
Pour info, en 2050, les prévisions de l'OCDE font du français, grâce à l'essor démographique de l'Afrique francophone, la langue officielle la plus parlée dans le monde devant le Chinois, l'Arabe ou l'Anglais... et ça, ce n'est pas un poisson d'avril (http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/ … -du-futur/)
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En 2050 c'est très peu probable, car le français (comme c'est d'ailleurs précisé dans l'article) cohabite avec de nombreuses autres langues sur les territoires dans lesquels il est amené à se développer et ne va pas forcément éclipser celles-là. De plus, il ne faut pas oublier l'apprentissage en langue étrangère. Si l'anglais est aujourd'hui plus utilisé que le mandarin, c'est grâce aux utilisateurs non-maternels de la langue qui font la différence. On parle beaucoup de la dynamique démographique des pays francophones, mais l’apprentissage en territoire non-francophone jouera un rôle prépondérant dans la diffusion de la langue et dans l'obtention d'un statut de langue majeure (qu'elle a déjà plus ou moins).
On parle de statut de langue officielle, pas de statut de langue la plus parlée - l'anglais risque de rester en tête pendant encore des dizaines d'années.
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D'accord, en langue officielle le français dépassera sûrement l'anglais l'espagnol et l'arabe, mais pour le chinois j'ai quelques doutes. En abandonnant la politique de l'enfant unique, les perspectives démographiques chinoises sont moins alarmantes et le pays pourrait continuer sur une légère hausse démographique durant une bonne partie du 21ème siècle, alors qu'on prévoyait un déclin dès 2040 il y a encore quelques années (même si l'Inde deviendra plus peuplée à un moment ou un autre de toute façon).
Boris_F a écrit:
[...]pas de statut de langue la plus parlée - l'anglais risque de rester en tête pendant encore des dizaines d'années.
Est-ce vraiment un "risque" ?
A mes yeux, l'anglais a acquis un statut qu'aucune autre langue n'avait jamais eu, et j'imagine difficilement une autre langue l'obtenir : celui de "langue globale". Rien à voir avec le statut du français il y a quelques siècles : alors que le français était LA langue internationale par excellence, ça ne concernait que les élites. L'anglais, lui, est devenu la langue international aux yeux de l'ensemble de la population de la planète.
Tant et si bien que quand deux personnes ne se comprennent pas, si l'une d'elle au moins a quelques notions d'anglais, elle utilisera spontanément cette langue pour essayer de dialoguer. Dans l'absolu, le fait qu'une et une seule langue ait ce statut a donc un aspect très pratique.
Bien entendu, cela ne signifie pas que les autres langues n'ont aucun avenir. Et idéalement, il serait même préférable qu'un maximum de langues étrangères soient enseignées.
ziegfried a écrit:
En abandonnant la politique de l'enfant unique, les perspectives démographiques chinoises sont moins alarmantes et le pays pourrait continuer sur une légère hausse démographique durant une bonne partie du 21ème siècle [...]
(Petit HS : vu la société de consommation dans laquelle nous vivons et les problèmes quant à l'exploitation de nos ressources naturelles, j'aurais plutôt tendance à considérer que c'est au contraire les hausses démographiques qui constituent des perspectives alarmantes. Que ces hausses concernent des populations chinoises, francophones ou autres...)
Le Bruxellois a écrit:
Boris_F a écrit:
[...]pas de statut de langue la plus parlée - l'anglais risque de rester en tête pendant encore des dizaines d'années.
Est-ce vraiment un "risque" ?
A mes yeux, l'anglais a acquis un statut qu'aucune autre langue n'avait jamais eu, et j'imagine difficilement une autre langue l'obtenir : celui de "langue globale". Rien à voir avec le statut du français il y a quelques siècles : alors que le français était LA langue internationale par excellence, ça ne concernait que les élites. L'anglais, lui, est devenu la langue international aux yeux de l'ensemble de la population de la planète.
En fait, au XVIe siècle, le latin avait le rôle de l'anglais aujourd'hui, même si je t'accorde que le Peuple ne le comprenait (sauf à l'église) ni ne le parlait. Pour autant, c'était une langue transversale dans toute l'Europe, pour promouvoir non les institutions, mais au contraire la contre-culture. Ce n'est pas un hasard si l'humanisme est né aux Pays-Bas (notamment avec Erasme) et que tous les réfugiés "politiques" ou plutôt "religieux" se faisaient éditer, en latin, aux Pays-Bas puis en Belgique.
L'anglais a un avantage sur beaucoup d'autres langues : il est hyper pragmatique et moins conceptuel que les langues romanes, donc très transversal. Et sa grammaire est l'une des plus simples pour les familles de langues SVO. Je pense que c'est pourquoi il est si usité, peut-être cette raison dépassant même toute idée sous-jacente de colonialisme (culturel ou géopolitique). Sinon la langue universelle serait le portugais ou le chinois. Mais ce n'est pas non plus un hasard si le français est considéré comme la langue la plus transversale au monde pour manipuler les concepts, notamment juridiques (ONU, UE, etc.) Chaque langue a ses spécificités, et l'anglais, hyper pragmatique, capable de désigner un quotidien même ultra technique, s'impose sans difficulté dans un monde de l'information et de la science face à une langue à la grammaire complexe, à l'écriture étymologique et orientée concepts dans la famille des SVO comme le français.
Il y a des études passionnantes sur la difficulté d'apprentissage des langues. Il y avait entre autres un superbe site sur le sujet de l'université du Vermont (en anglais
) mais il semble en dérangement : http://www.uvm.edu/storylab/share/paper … tions.html J'espère que ce n'est que temporaire...
Mais l'UNESCO s'est penchée sur la question - je pense, de manière induite, pour comprendre l'émergence de l'anglais comme langue mondiale. Son approche est très intéressante : http://french.peopledaily.com.cn/Culture/8473186.html Le gros souci, c'est que selon la famille de langue maternelle à laquelle on appartient, certaines langues sont plus faciles à apprendre que les autres : un Coréen va se mettre au japonais relativement aisément, au français très difficilement. Un français va se mettre à l'italien sans difficulté, à l'allemand plus difficilement, au coréen très difficilement (langues à flexion, à agglutination, SOV, etc.)
Mais ceci n'est qu'un élément de réflexion, je pense que la question de la francophonie par rapport à l'anglais est excessivement complexe...
L'impérialisme culturel et scientifique américain actuel est peut-être une raison plus forte que la relative simplicité de l'anglais international pour sa pénétration culturelle... Mais après tout, quand on lit Joyce ou Shakespeare, on voit aussi que l'anglais peut être une langue ébouriffante de nuances, de subtilités et de complexité, mais ce n'est plus de l'anglais international, du "globish"... C'est juste... de la langue littéraire, et par sa nature même, tout le monde n'y aura pas accès !... Comme pour toutes les autres langues vecteurs de culture, et non de communication...
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Jean Quatremer a écrit:
Après le Brexit, l’anglais bouté hors d’Europe ?
Une fois Londres retournée au grand large, l’anglais ne sera plus langue officielle d'aucun pays de l'UE. De quoi faire reculer son hégémonie à Bruxelles ?
J'ai beau chercher, je n'ai pas trouvé le "règlement communautaire I-58" dont parle Quatremer. Une règle selon laquelle chaque état ne peut avoir qu'une seule langue officielle ? Je suis très sceptique : jamais la Belgique n'accepterait un tel règlement.
De plus, il n'est pas précisé la portée du règlement. En effet, il est évident que ce n'est pas l'UE qui imposera aux états leur(s) langue(s) officielle(s) : si un état membre décide d'avoir plusieurs langues officielles, il fait encore ce qui lui chante.
L'anglais est donc toujours une langue officielle en Irlande (où le Gaélique n'est plus parlé par une majorité) et à Malte.
Mais tout cela importe finalement assez peu. La quasi-totalité des réunions de l'Eurozone ont lieu en anglais, quand bien même le Royaume-Uni n'en fait pas partie. Et comme le précise Quatremer dans son billet, la présence de l'anglais est surtout poussée par les pays scandinaves et d'Europe centrale. Ce n'est pas qu'une question européenne : l'anglais est désormais "la" langue mondiale. Ce n'est pas près de changer, même dans le cadre plus restreint des institutions européennes : va-t-on vraiment obliger, du jour au lendemain, tous les fonctionnaires européens à s'exprimer en français ou en allemand ? Va-t-on vraiment virer tout ceux qui ne parlent aucune de ces deux langues ?
On peut espérer que le rôle de l'anglais dans le fonctionnement de l'UE soit un peu réduit à l'avenir. Mais je ne crois pas qu'il disparaîtra.
Il s'agit du règlement n° 1 du 15 avril 1958 portant fixation du régime linguistique de l'Union européenne.
Il se peut que J. Quatremer ce soit mal exprimé dans son article, il n'a jamais été question que l'Union se mêle du statut des langues officielles, nationales ou régionales propres à chacun des états membres, mais seulement de définir quelles langues pourraient où non accéder au statut de langue officielle de l'UE. Subtile exercice d'équilibrisme : comme tu le soulignes, un état comme la Belgique cherchera toujours à maintenir un strict équilibre entre ses deux principales langues nationales, à l'inverse un état comme l'Espagne freine des quatre fers. J'ai lu (http://eur-lex.europa.eu/legal-content/ … mp;from=EN) que l'Irlande avait obtenu l'ajout de l'irlandais en tant que langue officielle de l'Union en 2005, au prétexte que cette langue était la première langue officielle de la République d'Irlande, sans doute motivée par le fait que l'anglais disposait et disposerait toujours d'un statut officiel (dans l'UE) du fait de l'appartenance du Royaume-Uni. Au fond, la question soulevée par Jean Quatremer est celle-ci, après le départ du Royaume-Uni, quelle base juridique au maintient de l'anglais comme langue officielle de l'Union ?
Merci pour ces précisions.
A noter que le Luxembourg s'est toujours abstenu de proposer le luxembourgeois, qui est pourtant une de ses langues officielles. Initialement, le français devait être la seule langue officielle des Communautés européennes. Mais un seul pays s'est opposé à cette proposition : la Belgique, où le ministre des affaires étrangères a fait valoir qu'il ne pourrait jamais faire avaler une telle proposition à son électorat néerlandophone. La Belgique proposa donc le français et le néerlandais, et bien entendu les Pays-Bas n'y étaient pas opposés. L'Allemagne et l'Italie ne voyant pas pourquoi une "petite" langue comme le néerlandais aurait sa place à côté du français, demandèrent logiquement que l'allemand et l'italien soient aussi de la partie. Seul le Luxembourg (où la population est de toute façon majoritairement trilingue LU-FR-DE) n'a pas imposé sa "langue nationale", pouvant se contenter du français et de l'allemand, mais aussi parce que conscient que le luxembourgeois ne peut prétendre à une place sur le plan international.
Pour en revenir à ce qu'explique Quatremer, le règlement (voir sa version consolidée ici) précise dans son article 1er quelles sont les langues officielles de l'UE. Pour enlever l'anglais, il faudrait donc modifier ce règlement.
Le règlement (art. 2) dispose que les textes adressés aux institutions européennes ne peuvent l'être que dans une seule langue parmi celles figurant dans l'article 1.
L'article 8 précise quant à lui qu'en ce qui concerne les États membres où existent plusieurs langues officielles, l'usage de la langue sera, à la demande de l'État intéressé, déterminé suivant les règles générales découlant de la législation de cet État.
Donc, sur le plan juridique, il n'est nulle part indiqué que dans la liste des langues officielles de l'UE, il ne doit y avoir qu'une seule langue officielle proposée par état. Ainsi, l'Irlande peut très bien demander le maintien de l'irlandais et de l'anglais dans la liste des langues officielles de l'UE. De même : si un jour l'Espagne décide de reconnaître une autre langue (le catalan, le basque, le galicien...) au niveau national à côté du castillan, elle pourrait demander à ce que cette langue s'ajoute aux autres langues officielles de l'UE sans que l'espagnol soit supprimé pour autant.
Et tout ceci pour une simple raison : l'adoption ou la modification d'un règlement européen doit suivre la procédure législative précisée dans les traités. Le contenu du règlement est donc librement adapté par les institutions européennes à la manœuvre, dans le respect des règles des traités. S'il y avait des règles particulières relatives à la modification de l'article 1er du règlement 1/58, elles devraient figurer dans les traités.
Le Bruxellois a écrit:
Initialement, le français devait être la seule langue officielle des Communautés européennes. Mais un seul pays s'est opposé à cette proposition : la Belgique, où le ministre des affaires étrangères a fait valoir qu'il ne pourrait jamais faire avaler une telle proposition à son électorat néerlandophone.
Tout est la faute des belges donc
Je plaisante bien sûr, mais ça illustre combien ce qui peut apparaître au départ une petite concession peut avoir des conséquences en cascade, amplifiées au fil du temps et des adhésions, y compris de très petits états qui se sont vus autorisés à élever leur langue minoritaire au rang de langue officielle d'une grande institution internationale, donnant dès lors des arguments (logiques) à des catalans par exemple. Si on y donnait droit, pourquoi pas alors le corse, le breton... Cette dérive, de mon point de vue, loin de rapprocher l'institution du citoyen contribue au contraire à en donner l'image d'une usine à gaz, lourde, complexe et couteuse.
Pour en revenir à ce qu'explique Quatremer, le règlement (voir sa version consolidée ici) précise dans son article 1er quelles sont les langues officielles de l'UE. Pour enlever l'anglais, il faudrait donc modifier ce règlement.
Certes, au même titre qu'une foultitude d'articles à réécrire, modifier, abroger dans tous les domaines, et d'où la longueur des négociations à prévoir. D'ailleurs, ce sont nos amis britanniques qui paieront pour ce faire ?
Mais concernant cet article, l'anglais n'ayant été introduit que consécutivement à l'adhésion du R-U, son retrait devrait logiquement entrainer la disparition de l'anglais langue officielle, sauf... en tout cas si c'était l'Irlande (au hasard) personne ne douterait de la suppression concomitante du gaélique.
Lavrendios a écrit:
Le Bruxellois a écrit:
Initialement, le français devait être la seule langue officielle des Communautés européennes. Mais un seul pays s'est opposé à cette proposition : la Belgique, où le ministre des affaires étrangères a fait valoir qu'il ne pourrait jamais faire avaler une telle proposition à son électorat néerlandophone.
Tout est la faute des belges donc
C'est bien ce que je dis, oui.
(J'aurais pu préciser "à cause des Flamands", aussi.
)
Je plaisante bien sûr, mais ça illustre combien ce qui peut apparaître au départ une petite concession peut avoir des conséquences en cascade, amplifiées au fil du temps et des adhésions, y compris de très petits états qui se sont vus autorisés à élever leur langue minoritaire au rang de langue officielle d'une grande institution internationale, donnant dès lors des arguments (logiques) à des catalans par exemple. Si on y donnait droit, pourquoi pas alors le corse, le breton... Cette dérive, de mon point de vue, loin de rapprocher l'institution du citoyen contribue au contraire à en donner l'image d'une usine à gaz, lourde, complexe et couteuse.
Il faut distinguer l'usage des langues selon les institutions. Le Parlement européen est l'institution démocratique de l'UE par excellence : il me semble essentiel que les élus puissent s'exprimer dans leurs langues. De même, les textes législatifs et réglementaires européens doivent pouvoir être compris par tous les citoyens !
Mais concernant cet article, l'anglais n'ayant été introduit que consécutivement à l'adhésion du R-U, son retrait devrait logiquement entrainer la disparition de l'anglais langue officielle, sauf... en tout cas si c'était l'Irlande (au hasard) personne ne douterait de la suppression concomitante du gaélique.
Non : l'anglais a été introduit par l'adhésion du Royaume-Uni... et de l'Irlande, en 1973. Et comme aujourd'hui, les anglophones sont majoritaires en Irlande, je ne vois pas ces derniers accepter que l'anglais soit retiré de la liste des langues officielles de l'UE.
De nombreux textes devront être revus, mais probablement pas ce règlement. (Sauf éventuellement si l'Ecosse parvient à se maintenir dans l'UE lorsque le Royaume-Uni la quittera – en devenant donc indépendante du RU – et si elle demande à ce que l'Ecossais soit lui aussi ajouté à la liste.)
Enfin, je viens justement de lire cet article de La Libre Belgique, qui évoque une réunion des ministres des affaires étrangères des six pays fondateurs (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, France et Italie). Il est mentionné ceci : "Ironiquement, le communiqué était rédigé en anglais, l’une des trois langues de travail dans l’UE, avec le français et l’allemand. Autour de la table, les ministres se sont exprimés en français et en anglais. Cinq ministres parlent couramment en français. Seul M. Steinmeier le comprend sans le parler. Didier Reynders était par ailleurs le seul libéral dans cette réunion dominée par les sociaux-démocrates."
Le Royaume-Uni et l'Irlande ont adhérés ensemble, donc la question ne se posait pas. Jusqu'à ce que l'Irlande, en 2005 seulement, revienne sur sa position et fasse prévaloir l'irlandais en tant que première langue officielle de l’Irlande, c'est expressément exposé à l'appui de la demande de ce pays que je cite plus haut (post #168).
D'où l'ambiguïté du propos de J. Quatremer selon lequel un pays = une langue officielle de l'UE, interprétation sur laquelle j'ai quelque doute aussi. Quoiqu'il en soit, je ne pense pas en effet que l'anglais soit ainsi balayé, et quoi que j'en pense, ça ne me paraitrait pas souhaitable, une organisation internationale majeure qui préférerait communiquer en letton ou en maltais mais pas en anglais...
Lavrendios a écrit:
Le Royaume-Uni et l'Irlande ont adhérés ensemble, donc la question ne se posait pas. Jusqu'à ce que l'Irlande, en 2005 seulement, revienne sur sa position et fasse prévaloir l'irlandais en tant que première langue officielle de l’Irlande, c'est expressément exposé à l'appui de la demande de ce pays que je cite plus haut (post #168).
Le fait d'invoquer que le gaélique est la "première langue officielle de l'Irlande" me semble surtout symbolique : c'était un argument de plus pour que le gaélique soit accepté. Une manière d'insister sur l'importance de cette langue dans la culture et l'identité du pays.
A noter que la date de 2005 n'est pas due au hasard : juste après le grand agrandissement de 2004, qui a vu dix pays rejoindre l'UE. Ce sont alors neuf langues officielles supplémentaires qui se sont ajoutées (la langue de chaque nouveau pays, sauf la République de Chypre où le grec est en vigueur). Avant 2004, l'UE comptait onze langues officielles : le français, l'allemand, l'anglais, le néerlandais, l'italien, l'espagnol, le portugais, le grec, le suédois, le danois et le finnois.
Ce qui est d'ailleurs un paradoxe : à cause de cette multiplication des langues officielles, les Irlandais se sont dit "tiens, et si nous aussi nous demandions l'ajout de notre autre langue nationale". Or cette même multiplication a justement eu pour conséquence que l'utilisation de l'anglais comme langue de référence s'est renforcée.
Quant à Jean Quatremer, il est quand même connu pour pratiquer un journalisme... "à l'anglo-saxonne" ! C'est-à-dire débordant sur le billet d'opinion, avec bien souvent un côté volontairement provocateur. Ce n'est pas pour me déplaire, surtout qu'il est l'un des seuls à oser dénoncer l'hégémonie de l'anglais dans les couloirs des institutions européennes. Ce billet-ci remet la question sur la table à la suite du Brexit. Ce que je lui reproche, c'est qu'au milieu de ses arguments se trouve un raisonnement juridiquement erroné.
cet article confirme que l'anglais ne sera plus langue officiel sans le RU:
http://www.politico.eu/article/english- … enior-mep/
et les premiers effets du brexit sur l'utilisation du francais et de l'allemand à la commision
The Commission has already started using French and German more often in its external communications, as a symbolic move after Britain voted to leave the EU last Thursday, according to the Wall Street Journal.
Le mot important est, je pense "symbolic". Comme ça a déjà été dit, l'anglais est très majoritairement parlé dans tous les pays de l'Union (si on se concentre uniquement sur les bureaucrates européens, pour la population générale c'est une autre paire de manches). De plus, certaines critiques concernant l'UE portaient sur le poids jugé trop important du couple franco-allemand chapeautant l'union à leur façon et pour leur seul bénéfice, un peu comme la SDN a son époque s'en était trouvée réduite au R-U et à la France tentant de régir le monde. Même si les pays d'Europe du Nord et de l'Est sont plus ou moins germanophones (bien plus que francophones en tout cas) je ne pense pas qu'il faille imposer tout de suite le français et l'allemand en occultant l'anglais.
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