En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de vous proposer des contenus adaptés à vos centres d'intérêt.     En savoir plus     Fermer

PSS

Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

#1 25-02-2019 00:09:48

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Note : Je souhaite considérer ce fil comme une sorte d'annexe du fil principal "Vers un classement UNESCO du centre ville ?", afin de ne pas surcharger ce dernier de photos et de le laisser libre pour les nouvelles ou les discussions de fond.

Par ailleurs ce fil va faire doublon avec un fil équivalent sur SSC, ce sera - et je m'en excuse - du vu et revu pour certains d'entre vous... mais sans doute pas pour tous.

Pourquoi ce fil ? C'est que beaucoup de Toulousains (et sans doute plus encore de non-Toulousains) méconnaissent la richesse du patrimoine architectural et historique de Toulouse.
Un peu paradoxalement, alors que la ville a su garder ou restaurer l'essentiel de ses grands monuments du passé, on se focalise sur ce qui a été perdu, on estime qu'un modernisme forcené a "massacré" la vieille ville et on fait fond sur cette lettre de Montalembert qui, au 19ème siècle, qualifiait Toulouse de "capitale du vandalisme".

Les critiques ne sont évidemment pas tout à fait infondées : au 18ème siècle on a laissé détruire la Daurade et ses mosaïques dorées, plus vieille église mariale de France et témoin unique de l'architecture chrétienne du 5ème siècle, au 19ème siècle se sont de fameux cloîtres romans qui sont démolis, au 20ème siècle - c'était hier - on a rasé à la va-vite les vestiges des fondations du palais des rois wisigoths et d'une porte romaine... tout n'a certes pas été toujours rose dans la ville rose.

Et cependant Saint-Sernin a été préservée, là où Limoges a perdu Saint-Martial et Tours perdu Saint-Martin. Cependant une bonne partie des monuments que Montalembert qualifiait un peu hâtivement de ruines ont été restaurés, souvent de manière exemplaire comme le montrent les Jacobins et les Augustins.
Il est vrai aussi que la ville ne se "lit" pas facilement : ses tours capitulaires sont cachées dans des cours désormais fermées par digicode, son riche patrimoine Renaissance est éparpillé aux quatre vents, ce qui le rend moins visible, et la Ville n'a pris conscience que tardivement qu'il fallait également faire attention à l'environnement des monuments et pas seulement aux monuments eux-mêmes.

Au sujet du patrimoine il semble exister, au moins partiellement, une sorte d'auto-dénigrement toulousain latent qui ne touche pas que l'architecture : les annonces en occitan dans le métro sont moquées par une partie des Toulousains, qui sans doute n'y voient que l'expression d'un patois désuet alors que cette langue fut autrefois une des plus considérées d'Europe (les fameux troubadours), et que Toulouse lui a donné le Gai Savoir et les Leys d'Amors (dont je parlerai plus loin) ; la brique elle-même est sur la sellette, on a pu voir au premier forum "Toulouse patrimoine d'avenir", qui lançait le processus de candidature, un des principaux intervenants déclarer que les Toulousains n'avaient jamais aimé la brique et qu'ils se réinventaient ce patrimoine. L'architecte des bâtiments de France partage cette même opinion... et pourtant cette thèse est battue en brèche par les historiens, au point que l'un d'eux l'a même qualifiée d'opinion indûment ancrée encore (pour en savoir plus sur ce dernier point, lire ma contribution ici).

Bref les obstacles et réticences ne manquent pas à Toulouse même, mais l'espoir demeure car... voilà encore quelques années moi-même je pensais tout cela, pour l'avoir entendu ou lu, avant de me pencher plus sérieusement sur la question de ce patrimoine toulousain et d'en saisir toute la richesse.
Ce fil sera donc une modeste contribution à cette cause, chacun ensuite pourra se faire une idée plus éclairée sur la pertinence (ou son absence) de cette candidature toulousaine à l'UNESCO.

Je vais finir ce premier post avec un smiley que j'aime bien, car c'est le seul de la collection à montrer des briques et parce qu'il résume bien mon état d'esprit, parfois, à la lecture ou à l'écoute de certains de mes concitoyens toulousains* sur ce sujet :  D10
Mais j'aime croire qu'à la fin des temps la tête du bonhomme finira par briser l'obstacle  A5


*je ne parle évidemment pas des honorables membres de ce forum  D4

Dernière modification par Pistolero (03-04-2019 18:08:02)


hugosbrr a aimé ce post.

Hors ligne

 

#2 25-02-2019 00:31:48

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Avant tout je rappelle le thème qui pour l'instant tient la corde : le centre historique et sa richesse patrimoniale et urbanistique, héritée de l’organisation des pouvoirs au fil des siècles.
Un thème difficile et éclectique, mais ambitieux.

Pour ce qui me concerne je vais faire ici une sorte de résumé, en ne ciblant que quelques éléments parmi les plus emblématiques, et en essayant autant que possible de suivre un certain ordre chronologique (mais parfois c'est le thème qui primera).

Et en préambule je rappellerai que Toulouse était jusqu'à la Révolution une ville languedocienne et que le Midi, au Moyen âge, désignait moins la Provence (qui n'était alors pas française) que le Languedoc.


Un plan ancien pour mieux comprendre la vieille ville
Ce plan de 1631, dont le nord est situé à gauche, permet de comprendre l'articulation de la ville ancienne dont on dit qu'elle avait une forme de coeur.
Le lobe de droite (au sud) représente la Cité, la ville ancienne dans son périmètre de l'antiquité romaine : c'est là que l'on trouvait le quartier des marchands et plus au sud celui des parlementaires et des administrations royales.
Le lobe de gauche (au nord) représente le Bourg, extension créée au Moyen âge autour de l'abbatiale Saint-Sernin, où florissaient les couvents ainsi que les collèges de l'Université.
La pointe du "coeur", en bas (à l'ouest), accueillait sur la rive gauche de la Garonne les quartiers pauvres et les hôpitaux dont on souhaitait éloigner les occupants du reste de la ville.

https://c2.staticflickr.com/2/1657/24484342123_47f9ec2327_c.jpg
Copyright Archives municipales de Toulouse


Le style roman languedocien (XIème-XIIème siècles)


On entame avec l'inévitable basilique Saint-Sernin.

On peut déplorer la destruction des bâtiments annexes (à l'exception du musée Saint-Raymond) et du cloître. Heureusement le principal demeure : l'église elle-même.

Considérée comme la plus grande église romane conservée d'Europe, Saint-Sernin est aussi la plus riche de France en reliques (et Toulouse la deuxième ville d'Europe après Rome).
C'est du fait de la vénération portée à ces reliques que l'église actuelle a vu le jour, essentiellement à la fin du XIème siècle et au début du XIIème.
L'histoire de l'église plonge ses racines dans le martyre de l'évêque Saturnin, pionnier du prosélytisme chrétien dans la Gaule romaine alors très polythéiste (vers l'an 250).
Son architecture est marquée par la présence de double collatéraux, qui signent le type le plus abouti des grandes églises romanes de pèlerinage puisqu'ils permettaient la libre circulation des pèlerins venus vénérer les reliques placées dans des chapelles sans déranger l'office se tenant dans la nef.

L'importance de Saint-Sernin en tant que site de pèlerinage et monument symbolique de son époque a été reconnue par l'UNESCO lors du classement des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France, le document d'évaluation (lien ici) la désigne en effet explicitement comme un des points forts de ce dossier (avec les églises de Conques et de Moissac) :

Extraits :
Justification émanant de l’Etat Partie
Trois édifices évoqués dans le présent dossier : Sainte-Foy de Conques, Saint-Pierre de Moissac ou Saint-Sernin de Toulouse apparaissent incontestablement comme des chefs-d’oeuvre du génie créateur humain.[...]
Saint-Sernin, insigne basilique (fin XIe-milieu XIIe siècle) est l’une des plus belles églises romanes de France. Sa structure architecturale illustre le type même de l’église de pèlerinage ; son matériau - la brique domine massivement la pierre, réservée à la sculpture et à quelques membres d’architecture - est caractéristique de l’art roman du midi languedocien.

Critère i
Le débat ne consiste plus à déterminer, entre l’Espagne et Toulouse, quel est le plus ancien foyer de sculpture romane occidentale. On admet aujourd’hui que, vers la fin du XIe siècle, les artistes redécouvrent un ordre monumental inspiré de l’Antiquité romaine sur de grands chantiers, comme ceux de Saint-Jacques-de-Compostelle ou de Saint-Sernin de Toulouse. En effet, de part et d’autre des Pyrénées, se mettent en place des programmes architecturaux et iconographiques très comparables. A Saint-Sernin, on peut citer la personnalité de Bernard Gilduin, sculpteur qui a signé la table d’autel consacrée par le pape Urbain II en 1096. En Espagne, à la fin du XIe siècle, des créations analogues à celles de Toulouse voient le jour si bien qu’on a parfois rapproché les chapiteaux de Saint-Sernin de ceux de Saint-Isidore de Leon.

De très nombreux chapiteaux romans illustrent le fait que la région toulousaine était un des plus importants centres de la sculpture romane, plusieurs artistes ayant travaillé à l'emblématique cloître de Moissac sont également venus travailler sur ce chantier mais également sur d'autres cloîtres, tel celui de la Daurade (ancienne version), malheureusement détruit depuis mais dont de superbes chapiteaux sont exposés au musée des Augustins.
Le tympan à programme iconographique historié de la porte Miègeville (1115) était le premier du genre dans le sud de la France, il a inspiré ceux de Conques et de Moissac plus développés.

Après Urbain II qui consacra son autel en 1096 aux côtés du comte de Toulouse Raymond IV qui s'apprêtait à partir en croisade avec ses troupes (il fut un des principaux chefs et acteurs de cette croisade qui prit Jérusalem), les papes Clément VII, Paul V, Urbain V et Pie IV accordèrent de nombreux privilèges à cette église abbatiale, ceux qui la visitaient obtenant les mêmes indulgences qu'en visitant Saint Pierre de Rome.
Les rois de France en visite à Toulouse ne manquaient jamais de s'y rendre. François Ier, prisonnier une année à Madrid après la désastreuse bataille de Pavie (1525), fit vœu de s'y rendre en pèlerinage s'il recouvrait sa santé et sa couronne, ce qu'il fit en 1533.

Jeux de pouvoir
La construction de Saint-Sernin fut au début du XIIème siècle le théâtre d'une lutte d'influence féroce entre deux des principaux grands seigneurs du Midi : en 1094 le comte de Toulouse Guillaume IV décède. Le comté aurait dû revenir à sa fille, et par elle à son mari le duc de Bordeaux Guillaume IX (connu pour être le grand-père d'Aliénor d'Aquitaine et surtout pour avoir été considéré comme le premier troubadour). Mais le frère cadet du défunt, Raymond IV, s'empare de l'héritage et en spolie sa nièce et son redoutable mari. Peu après Raymond IV part en croisade avec son armée (bien que ses hommes aient été essentiellement languedociens, on les appellera "provençaux" car Raymond était de Saint-Gilles, sur le Rhône, et également marquis de Provence depuis qu'un de ses aïeux comte de Toulouse s'était acquis le marquisat par un mariage quelques décennies plus tôt).
Parallèlement l'évêque de Toulouse, Isarn, rebâtit la cathédrale de Toulouse et ne peut que déplorer de voir l'argent abonder au chantier de Saint-Sernin (qui possédait un énorme temporel s'étendant jusqu'en Espagne) alors que sa propre bourse sonne creux. Plusieurs fois déjà, soutenu par les comtes de Toulouse, il a tenté de faire main basse sur Saint-Sernin et son magot, et chaque fois les chanoines de Saint-Sernin ont réussi à repousser ses prétentions en faisant appel à l'arbitrage du pape, dont ils disent dépendre seul.
Après le départ pour le Moyen-Orient de Raymond IV et de ses hommes, Guillaume IX brave l'interdit du pape et une probable excommunication (le pape avait promis aux croisés de protéger leurs terres privées de défenseurs) pour s'emparer de Toulouse. Dans le but d'affaiblir l'influence du comte éloigné, qu'il tient pour un usurpateur, il trouve des alliés naturels dans les chanoines de Saint-Sernin et pendant de nombreuses années les comble de largesses. Les Toulousains finiront par le mettre à la porte, mais on peut se demander si Saint-Sernin serait devenue ce qu'elle est si ce duc bordelais n'était venu pallier la carence du pouvoir comtal lors de cette période décisive pour la construction de l'église.

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-01.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-02.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-03.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-24.jpg

Peintures romanes (restaurées récemment, mais les photos sont antérieures) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-14-v.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-27.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/adam-eve.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-miegeville.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st%20sernin%20(8).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/detail-tympan-st-sernin.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-17-v.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st%20sernin%20(4).JPG

Bien qu'essentiellement église romane, Saint-Sernin a également inauguré le style gothique à Toulouse (crypte d'abord, étages supérieurs du clocher ensuite vers 1270), ainsi que le style Renaissance avec la porte sud de la crypte (1515).

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/crypte%20(2).JPG

Sur le clocher de Saint-Sernin, les arcs en mitre gothiques succèdent aux arcs en plein cintre romans :
http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/st-sernin-22-v.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/porte-crypte-renaissance%20(1).JPG

Enfin son grand orgue est un des plus réputés du monde pour ses qualités musicales, avec ses 54 jeux sur 3 claviers et pédalier il est l'œuvre d'Aristide Cavaillé-Coll.


Au musée des Augustins ont été conservés bon nombre de chapiteaux des cloîtres romans détruits de Toulouse, sans doute la plus grande collection de sculptures romanes au monde :

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%281%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%283%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%2813%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%2816%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%2820%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%2821%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/chap_rom%20%2829%29.JPG

http://toulouse-brique.com/photos/divers/chapiteaux_romans/detail.JPG

Dernière modification par Pistolero (09-04-2019 15:42:47)


MiKL-One et Maraudeur ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#3 25-02-2019 00:34:21

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Demeure romane

Bien qu'on trouve d'autres vestiges ici ou là, une seule demeure semble avoir conservé l'essentiel de son origine romane : la tour Maurand.

La tour Maurand n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut à la fin du XIIème siècle puisqu'elle atteignait autrefois plus de 25 mètres de hauteur, mais il en reste suffisamment pour témoigner du style roman dans l'architecture privée.
Son propriétaire, Pierre Maurand, était riche et puissant, mais il fut condamné pour hérésie (il était cathare) en 1178, donc bien avant la croisade dont on va bientôt parler. Les dimensions de son hôtel bâti en brique (produit cher dans une ville alors essentiellement de bois et de torchis) rivalisaient avec celles du château narbonnais, résidence des comtes de Toulouse. Il dut en araser les tours à titre de punition.
Des ouvertures d'alors, il reste les lancettes étroites éclairant la salle voûtée du rez-de-chaussée et le contour des baies doubles qui est encore visible dans la maçonnerie à côté des fenêtres percées au XIXème siècle.

http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-exterieur.JPG

Dernière modification par Pistolero (25-02-2019 15:40:36)


hugosbrr a aimé ce post.

Hors ligne

 

#4 25-02-2019 15:54:10

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Le sous-sol :
http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-sous-sol%20(7).JPG

http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-sous-sol%20(11).JPG

Le rez-de-chaussée :
http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-rdc%20(1).JPG

http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-rdc%20(3).JPG

http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-rdc%20(6).JPG

Le premier étage :
http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-etage%20(5).JPG

http://toulouse-brique.com/photos/hotels/tour_maurand/Maurand-etage%20(8).JPG

Dernière modification par Pistolero (25-02-2019 16:08:03)


MiKL-One, Maraudeur et hugosbrr ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#5 26-02-2019 08:58:11

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Le style gothique languedocien, ou gothique méridional (XIIIème-XIVème siècles)

A Toulouse, la persistance des traditions romanes a d'abord généré un retard dans l'apparition du style gothique.
C'est dans le contexte de la croisade contre les albigeois (dès 1208) que va se développer sous l'influence des cisterciens un art de bâtir empreint d'austérité et de rigueur, conforme aux préceptes de la règle de saint Bernard. A cette époque (fin du XIIème-début du XIIIème siècles) les cisterciens tiennent un rôle principal dans la lutte contre l'hérésie cathare.

Toulouse va donner les jalons essentiels de cette architecture qui se répand dans une bonne partie du Midi de la France : la nef raimondine de la cathédrale Saint-Etienne sera le modèle de la nef unique, le clocher de Saint-Sernin le modèle du clocher octogonal aux arcs en mitre, le clocher-mur de Notre-Dame du Taur le modèle des clochers-murs répandus dans les églises plus modestes, et enfin le Couvent des Jacobins, avec notamment sa fameuse voûte en "palmier", marquera avec la cathédrale d'Albi (pour d'autres raisons) le sommet de cet art gothique original.
On notera que tous ces monuments, ou éléments de monuments, ont traversé les siècles et ont été parfaitement conservés jusqu'à nos jours.


La cathédrale Saint-Etienne
L'évêque de Toulouse, Foulque de Marseille, est cistercien, sous son impulsion est bâtie la nouvelle cathédrale Saint-Etienne (1210-1220).
Ce bâtiment novateur mêle influences méridionales et architecture cistercienne, il a été conçu en fonction du contexte religieux particulier de la lutte contre l'hérésie pour transmettre à la population un message de défense de l'orthodoxie et accueillir les fidèles dans un espace propice à la prédication. Il reste de ce bâtiment trois des cinq travées d'origine, témoignant de ce prototype de l'architecture gothique toulousaine (dite aussi languedocienne, ou méridionale, voir site wiki) dont découleront ensuite les recherches architecturales menées dans les couvents mendiants de la ville.
Bien qu'elle paraisse maintenant modeste en comparaison du choeur plus grand construit quelques décennies plus tard, avec ses 19 mètres de largeur cette nef était sans doute à son achèvement la plus vaste d'Europe occidentale.

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/st-etienne-04.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/st-etienne-09.jpg

Au plafond de cette nef dite "raymondine", se trouve en clé d'arc la première représentation sculptée de la croix des comtes de Toulouse :
http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/croix-oc.JPG

Suite à la croisade des albigeois qui aura finalement duré presque deux décennies, le comte de Toulouse doit se soumettre au pouvoir royal et perd le Bas-Languedoc. Au traité de Meaux-Paris (1229, dont nous reparlerons), il s'engage à marier sa fille et unique héritière, Jeanne, au frère du roi, Alphonse de Poitiers.
Petit saut dans le temps : en 1271 Jeanne et son époux meurent sans héritier, Toulouse est intégrée à la couronne. Pour donner des gages de fidélité au nouveau pouvoir on décide de reconstruire la cathédrale dans le style  gothique septentrional, en imitation des grandes cathédrales du nord de la France. A l'est de l'église de Foulque est alors édifié un immense choeur de style gothique rayonnant d'Île-de-France. Cette nouvelle cathédrale commence à grignoter sur l'espace occupé par celle de Foulque. Le but est de la remplacer tout à fait, mais à la fin du XIIIème siècle (création de l'évêché de Pamiers en 1296), puis à nouveau au début du XIVème siècle (création des évêchés de Lavaur, Lombez, Mirepoix, Montauban, Rieux et Saint-Papoul en 1317), les papes démembrent le vaste évêché de Toulouse, estimant que sa taille trop importante a empêché sa bonne gestion par les évêques et a ainsi favorisé l'implantation du catharisme. En diminuant drastiquement les ressources financières de l'évêché, cette mesure provoque un arrêt des travaux qui aura au moins le mérite de sauvegarder l'essentiel de la nef-mère du gothique méridional.

C'est ainsi que demeurent juxtaposées "l'ancienne" et la "nouvelle" cathédrale.
Si la cathédrale Saint-Etienne ne peut prétendre figurer au rang des plus belles cathédrales de France, la coexistence dans son architecture de ces deux tendances gothiques reflète l'histoire de ce XIIIème siècle déterminant pour la cité médiévale.

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/st-etienne-bing.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/contreforts.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/st-etienne-22.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-etienne/st-etienne-02.jpg

Dernière modification par Pistolero (28-02-2019 23:00:18)


GRD_34, hugosbrr, Le Bruxellois et oc31 ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#6 28-02-2019 22:52:38

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Outre la croisade militaire, la lutte contre l'hérésie cathare mobilisa des moyens divers et variés.
Le gothique languedocien élaboré pour la première fois à la cathédrale est l'un d'eux, et l'on y reviendra avec les grands couvents des ordres mendiants.
L'Inquisition en est un autre, car une fois la guerre contre les cathares et leurs protecteurs gagnée, il fallait extirper le "mal" de tout le pays, et cela prit encore des décennies.
L'Université de Toulouse, fondée en 1229 - l'une des plus vieilles d'Europe - à la suite du traité de Meaux-Paris fut également un des moyens utilisés.
Enfin la naissance de l'Ordre des frères prêcheurs entre également dans ce cadre-là. Dominique de Guzman, futur saint Dominique, prêcha dès 1206 dans la région pour contrer le catharisme et ramener les hérétiques vers la "vraie foi". Œuvrant d'abord dans la campagne du Lauragais, à Prouille et Fanjeaux, en 1215 il change de stratégie et décide de prêcher dans les grandes villes. Il se fixe alors à Toulouse où il réunit sa première communauté de frères. Deux bulles papales fin 1216 et début 1217 créent l'Ordre des frères prêcheurs (dont les membres sont aussi appelés dominicains).
A partir de Toulouse, les frères partent sur les routes, tout d'abord à Paris, en Espagne et en Italie, mais le succès est si fulgurant que quelques décennies lui suffisent pour couvrir l'Europe entière de centaines de couvents.

A la Maison Seilhan, lieu où Dominique regroupa ses premiers disciples, existe encore une chambre que la tradition désigne du nom de "chambre de saint Dominique", où il aurait vécu lors de son séjour à Toulouse.
https://www.toulouse-brique.com/photos/antiquite/st-dominique%20(2).JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/antiquite/st-dominique%20(1).JPG

La chambre de saint Dominique :
http://www.toulouse-brique.com/photos/chapelles/seilhan22.jpg

C'est à proximité immédiate que fut fixé un peu plus tard le siège toulousain de l'inquisition, et qu'au XVIIème siècle le peintre dominicain Balthazar-Thomas Moncornet peignit dans une chapelle attenante un plafond à caissons retraçant l'itinéraire moral de saint Dominique en 15 tableaux. Moncornet n'était pas un peintre de première force, mais son ouvrage témoigne de cet épisode historique d'une grande importance pour l'Europe catholique.
http://www.toulouse-brique.com/photos/chapelles/seilhan01.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/chapelles/seilhan03.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/chapelles/seilhan06.jpg

Mais bien entendu, le grand œuvre architectural des dominicains à Toulouse fut l'ensemble conventuel aujourd'hui connu sous le nom de couvent des jacobins.

Dernière modification par Pistolero (02-03-2019 09:26:36)


hugosbrr, GRD_34 et oc31 ont aimé ce post.

Hors ligne

 

Publicité

#7 02-03-2019 09:22:07

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Reprenons donc ici le fil avec le gothique languedocien, cette variante locale et originale du gothique qui associait la brique à un aspect extérieur sobre et austère propre à convaincre la population que le clergé méridional avait rompu avec les pratiques décriées de l'Eglise.

Des quatre grands couvents des ordres mendiants édifiés à Toulouse aux XIIIème et XIVème siècles, deux furent détruits au XIXème siècle : le couvent des carmes et celui des cordeliers (franciscains). Deux ont survécu : le couvent des augustins et - le plus important de tous sans doute : le couvent des jacobins.

Dans ces édifices furent menées des recherches novatrices pour l'architecture gothique languedocienne, dont l'aboutissement le plus flagrant est le voûtement spectaculaire (après 1275) de l'église des jacobins.

Par le biais de ces couvents s'est donc développée à Toulouse une architecture singulière, militante, pensée comme une arme dans la lutte contre l'hérésie et fondée sur le principe de la nef unique, vaste vaisseau de pierre devenu temple de la parole. Cette architecture de brique, massive et faiblement éclairée, caractérise ces églises contrebutées par de puissants contreforts et complétées de puissants clochers ornés d'arcs en mitre ("le gothique toulousain, un art militant", de Caroline de Barrau).



Le couvent des jacobins
Lorsque saint Dominique fait reconnaître son nouvel ordre par le pape, il lui faut déclarer une règle reconnue par l'Eglise - ce sera celle de saint Augustin - et un lieu de culte : l'église saint Romain (qui a donné son nom à la rue saint Rome) donnée  par l'évêque Foulque.
Cette église (non parvenue jusqu'à nos jours) devient vite trop petite, et grâce à un legs conséquent, vers 1229 les dominicains peuvent fonder le couvent actuellement appelé Couvent des jacobins. De dimensions plus modestes au départ, les nombreux dons que lui valent le succès des dominicains permettent son agrandissement progressif tout au long du 13ème siècle.

http://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-bing.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-03.jpg

Les colonnes qui séparent la nef en deux sont une originalité qui ne se retrouve pas ailleurs, ce sont les plus hautes de l'architecture gothique (28 mètres sous clé, 22 mètres pour la partie en pierre à moulin).

http://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-02.jpg

Le point d'orgue de cette colonnade hors du commun est la dernière colonne à l'est, qui donne naissance à un fameux "palmier" minéral (fin du XIIIème siècle), chef-d'oeuvre unique en son genre avec ses 22 nervures, qui anticipait de plus de cent ans sur le gothique flamboyant.
http://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-11.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-palmier.jpg

En 1369 le pape Urbain V attribue au couvent de Toulouse les reliques de saint Thomas d'Aquin, théologien dominicain célèbre considéré comme le plus grand penseur du Moyen âge. Les sources disent que c'est parce que l'église de Toulouse était la plus belle des églises dominicaines. Sans doute s'agissait-il aussi d'honorer la ville berceau de cet ordre, qui n'avait pu obtenir les reliques de saint Dominique lui-même, conservées à Bologne (Italie) où il finit sa vie.
https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-daquin.jpg

Un cloître (reconstitué après avoir été à moitié détruit par l'armée au XIXème siècle) et des bâtiments annexes complètent le couvent.
https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-cloitre-2.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/cloitre-4.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-01.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-06.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-refectoire.jpg

Comme dans d'autres églises de Toulouse et de sa région, le clocher met en œuvre l'arc en mitre (apparu pour la première fois sur les étages supérieurs du clocher de la basilique Saint-Sernin vers 1270). De forme triangulaire et parfois surmonté d'une ouverture carrée posée en losange, l'arc en mitre est une pure création du gothique toulousain, appelée à un bel avenir dans le Midi.

https://www.toulouse-brique.com/photos/jacobins/jacobins-12.jpg

Dernière modification par Pistolero (13-04-2019 23:18:55)


oc31 a aimé ce post.

Hors ligne

 

#8 02-03-2019 09:32:52

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Le couvent des augustins
Le Couvent des augustins (XIVème siècle) est un autre beau témoignage du gothique languedocien, il a pu garder le seul cloître médiéval intact de la ville.
Devenu musée, il conserve une partie de la mémoire de la ville, notamment dans ses collections de chapiteaux romans des cloîtres détruits de Saint-Sernin, la Daurade et Saint-Etienne.

http://www.toulouse-brique.com/photos/augustins/augustins-28.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/augustins/cloitre.jpg

Les voûtes de la salle capitulaire :
http://www.toulouse-brique.com/photos/augustins/voutes%20(2).JPG

L'église et sa nef unique :
http://www.toulouse-brique.com/photos/augustins/augustins-09.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/augustins/augustins-05.jpg



Notre Dame du Taur
Le gothique languedocien n'a toutefois pas concerné que les cathédrales ou les grands couvents, pour les églises plus modestes a été développé le concept de clocher-mur dont l'église Notre Dame du Taur (XIVème siècle) a été le prototype. On peut en voir de nombreux exemples dans la région.

http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/taur1.jpg

Nous retrouvons ici les arcs en mitre :
http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/taur7.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/taur6.jpg

Dernière modification par Pistolero (02-03-2019 09:53:37)


oc31, GRD_34 et rif75 ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#9 04-03-2019 07:00:57

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Demeures gothiques

La tour Vinhas date du 13ème ou début 14ème s., enchâssée au milieu d'un moulon elle est peu accessible, et elle est surtout visible depuis les toits voisins.
Contrairement aux tours dites capitulaires elle n'est pas une tour d'escalier mais une tour d'habitation (comme la tour Maurand), l'escalier à vis est logé dans la tourelle d'angle qui court sur toute la hauteur de la tour, mais il n'est semble-t-il plus pratiquable. Elle faisait autrefois partie d'un ensemble beaucoup plus vaste ayant appartenu à une riche famille de changeurs qui compta de nombreux capitouls aux XIIIème et XIVèmes siècles : les Vinhas.
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/vinhas%20%283%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/vinhas%20%281%29.JPG


Au 15 rue Croix-Baragnon a survécu une demeure appelée maison romano-gothique qui ne déparerait pas à Figeac ou Cordes/Ciel, datée du tout début du XIVème siècle.

Sa façade rythmée par des baies jumelles de style gothique est soulignée par de fins cordons de pierre sculptée évoquant l'époque romane. Sont également toujours présents la grande porte et deux grands arcs ouvrant sur les boutiques.
Cette rue était autrefois le principal axe est-ouest de la ville et les propriétaires ne dédaignaient pas un surcroît de ressources dû aux loyers versés par les boutiques occupant le rez-de-chaussée.

Sur les bandeaux de pierre sont sculptés des êtres et monstres hybrides, inspirés de ceux habitant les marges des manuscrits de l'époque et illustrant les thèmes de la chasse et de la musique.

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/maison_romano_gothique_1.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/maison_romano_gothique_8.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/maison_romano_gothique_2.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/maison_romano_gothique_5.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/baragnon_detail%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/baragnon%20(3).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/baragnon_musique.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/baragnon_detail%20(1).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/baragnon_detail%20(3).JPG

Hors ligne

 

#10 04-03-2019 07:17:10

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

De la fin du Moyen âge datent les belles maisons à pans de bois, dites à corondage.
Ce corondage pouvait être de "massecanat" quand la brique emplissait l'espace entre les pans de bois (il reste près de 200 maisons de ce type), ou de "paillebart" quand ce rôle était dévolu au torchis (mélange de paille et de terre crue). Ces dernières flambaient facilement, les divers incendies n'en ont pas laissé beaucoup...

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/croix-baragnon_7.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/rue-pomme%20(5).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/st_rome%20(6).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/serta-1.jpg

Cette maison du 4 coins des changes fait le lien avec les tours dites "capitulaires" dont il subsiste encore un nombre assez important qu'on ne soupçonne pas car elles sont généralement peu visibles de la rue (elles donnent sur la cour et les maisons ont souvent gagné un étage lors des siècles suivants, de sorte qu'elles ne dominent plus si aisément le bâtiment qu'elles desservent).
Une légende veut que leur construction ait été réservée aux capitouls, mais il n'en est rien. Il se trouve simplement qu'elles desservaient des bâtiments de quelque importance, et que souvent ceux assez riches pour posséder de tels bâtiments avaient assez d'influence pour devenir capitouls, mais on trouve plusieurs exemples de telles tours bâties par de riches marchands non capitouls (ou pas encore capitouls à leur construction), ou par des parlementaires.

Je ne mets là qu'une partie de ces tours d'escalier à vis datant pour la plupart des années 1470 à 1530 (évidemment je n'ai pas pris les plus moches).
Après 1530 la Renaissance amène les escaliers droits, mais on trouve cependant encore la construction de quelques tours (que nous verrons dans la partie "Renaissance" à venir).

http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/cours_avril_2016/IMG_8165.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/Noel2018/boysson-1515%20%281%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/baynaguet%20(1).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/bruni-4.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/bruni-5.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/bruni-%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/olmieres%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/delpech%20%288%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/delpech%20%289%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/delpech%20%2810%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/bole-3-seguy.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/bole_%20(4).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/seguy_voute.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/seguy_culot%20%282%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/seguy_culot%20%283%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/seguy_culot%20%285%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/lancefoc.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/ysalguier%20(4).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres-2/davasse-04.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres-3/carreri-02.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres-3/carreri-03.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres-3/taverne-03.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres-4/bresseguier-1.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/tours/tour_lancefoc.JPG

De ce style gothique sont aussi les premiers hôtels particuliers : Bernuy (pour la 2ème cour), Delfau, Boysson, Catel...

2ème cour de l'hôtel de Bernuy (vers 1503) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-1-03.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/decor_bernuy%20%287%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-1-06.jpg

Hôtel Delfau (1495) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/delfau-1.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/delfau_interieur%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/delfau-2.jpg

Hôtel de Boysson (vers 1468), dont les structures gothiques se mélangent avec une évolution Renaissance ultérieure (que je montrerai plus tard) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/boysson-1.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/boysson%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/boysson-3.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/boysson-5.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-pastel/boysson-cheverry%20(1).JPG

L'hôtel Catel (fin XVème siècle) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/catel-2.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/catel-3.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/catel%20(4).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-autres/catel%20(5).JPG

Dernière modification par Pistolero (30-05-2019 23:27:48)

Hors ligne

 

#11 04-03-2019 10:05:05

Cyr34
Tour Eiffel
Lieu: Montpellier
Date d'inscription: 02-07-2007
Messages: 3500

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]


https://nsa39.casimages.com/img/2018/12/15/181215124559232871.gif

Hors ligne

 

#12 04-03-2019 10:52:35

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Pour sûr on retrouve des tours d'escalier assez semblables dans le Vieux-Lyon effectivement, ce doit être à peu près la même époque (1470-1530).

Hors ligne

 

#13 06-03-2019 00:06:44

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Autres institutions et structures gothiques ou/et médiévales

L'Université
L'Université de Toulouse est l'une des plus anciennes d'Europe, elle a été créée en 1229 à la suite du traité de Meaux-Paris, elle comprenait notamment une faculté de théologie chargée de lutter contre l'hérésie cathare.
Mais c'est sa faculté de droit qui fit sa réputation pendant des siècles, on venait de plusieurs pays d'Europe pour y apprendre le droit romain.
Tout au long du XIVème siècle, alors que la papauté avait quitté Rome pour Avignon et qu'une lignée de papes issus du sud de la France avait pris place sur le trône de saint Pierre, l'université toulousaine fut pour la curie avignonnaise un gros vivier de juristes maîtrisant le droit romain et parlant la langue d'oc (à l'instar des universités de Montpellier et d'Avignon). De nombreux cardinaux et même quelques papes furent issus de ses rangs en tant qu'étudiants ou/et enseignants : Urbain V, Innocent VI et Jean XXII.
Au XVème siècle la papauté s'en étant retournée à Rome c'est le Parlement de Toulouse - qui avait compétence à sa création en 1443 sur tous les territoires français de langue d'oc - qui constitua alors le débouché principal pour ses diplômés.

Au Moyen âge cette vénérable institution n'avait pas de locaux propres : les professeurs louaient des salles pour donner leurs cours, ou étaient hébergés par des couvents (notamment le couvent des Jacobins, considéré alors comme le siège de l'université toulousaine). Il faut donc se tourner vers les collèges qui hébergeaient les étudiants pour trouver trace de bâtiments spécifiquement liés aux premiers siècles de l'université. Des 20 à 25 collèges que comptait Toulouse, 4 sont arrivés plus ou moins modifiés jusqu'à notre époque, et trois d'entre eux ont gardé des traits médiévaux ou du début du XVIème siècle (je ne parle donc pas encore ici du collège de l'Esquile qui est plus concerné par la Renaissance).

La galerie du collège de Périgord :
Largement rebâti au XIXème siècle, cet ancien collège a conservé une galerie en bois du XIVème siècle :
http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/galerie_perigord.JPG

Le "donjon" du collège de Foix :
Fondé en 1457, le grand bâtiment de ce collège est - du moins extérieurement - resté relativement intact, à l'exception du dernier étage  rajouté au XVIIème siècle.
http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/foix.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/foix%20(10).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/foix-%20(1).JPG

Le collège saint Raymond :
Ce bâtiment qui accueille aujourd'hui le musée saint Raymond date de 1525, à l'exception de son toit rehaussé par Viollet-le-Duc au XIXème siècle. Mais ce collège avait des origines plus anciennes : au XIème siècle il était un hôpital dépendant de la basilique Saint-Sernin, et en 1233 il devint l'un des premiers collèges toulousains.

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/st-raymond%20(2).jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/st-raymond-%20(3).jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/st-raymond-%20(4).jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/st-raymond-%20(5).jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/raymond%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/raymond%20(5).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/st-raymond-%20(12).jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/colleges/st-raymond%20(3).JPG


Les remparts
Il reste quelques centaines de mètres des remparts de Toulouse, des XVème et XVIème siècles.
http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/rempart%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/facades/muraille-hiver.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/garonne/abattoirs-04.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/garonne/abattoirs-06.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/garonne/abattoirs-03.jpg

Dernière modification par Pistolero (06-03-2019 00:08:05)


GRD_34, etienneOFmarseille, Q_DC et Maraudeur ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#14 07-03-2019 10:14:55

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Le Consistoire du Gai Savoir (Académie des Jeux floraux) et las Leys d'Amors.
En 1323 sept "troubadours" fondent à Toulouse le Consistoire du Gai Savoir (Consistori del Gay Saber), de son nom complet "La Sobregaya Companhia Dels VII Trobadors de Tolosa" (la Compagnie très gaie des sept troubadours de Toulouse), pour faire revivre et perpétuer la poésie lyrique des troubadours. Elle est considérée comme la plus ancienne institution littéraire du monde occidental.
Chaque année cette société organisait à Toulouse un concours de poésie en langue d'Oc, le vainqueur recevait une violette dorée à l'or fin offerte par la Ville. En 1393 l'institution et son concours étaient devenus si célèbres que le roi d'Aragon fit fonder à Barcelone un consistoire et des jeux sur le même modèle que ceux de Toulouse.
Bien plus tard le Consistoire du Gai Savoir fut transformé en académie royale par Louis XIV (Académie des Jeux floraux), et l'occitan fut remplacé par le français. Parmi ses lauréats se comptent Ronsard, Voltaire, Chateaubriand, Victor Hugo (lequel, jamais récompensé par l'Académie française, se consolait en rappelant qu'il avait dans sa jeunesse été primé par une académie plus vénérable).

En 1356, dans le but de réunir les critères linguistiques leur permettant de juger au mieux les œuvres présentées aux concours et dans un mouvement de défense et d’illustration de leur langue qu’ils jugeaient parvenue à son classicisme, les mainteneurs du Gai Savoir demandèrent à un avocat toulousain, Guilhem Molinier, de rédiger un traité de grammaire et de rhétorique occitanes : Las Leys d'Amors ("les lois de la langue", qui peut aussi se traduire par "les lois d'Amour"... n'est-ce pas remarquable d'assimiler ainsi sa langue à l'amour ?). Aucune autre langue en Europe ne s'était alors dotée d'un tel système de codification, de ce fait les Leys parviendront à une grande notoriété, et vont influencer les poètes écrivant tout autant en catalan qu'en galicien ou en italien, pour lesquels ils serviront de référence.

Deux pages du manuscrit des Leys d'Amors :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7b/Leys_d%27amors.jpg

Fresque illustrant la tenue du premier concours de poésie, dans le grand escalier de l'hôtel de Ville :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/capitole-15.jpg


Maraudeur a aimé ce post.

Hors ligne

 

#15 07-03-2019 10:17:39

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Le Parlement
En 1443 Charles VII crée à Toulouse le premier parlement de province. Cette création répondait à un besoin : le sud de la France était une terre où l'on parlait la langue d'oc, et non la langue d'oïl comme dans le nord, et surtout il était régi par le droit romain écrit, alors que le nord du pays obéissait au droit coutumier oral des Francs. Tout cela faisait du Parlement de Paris une instance peu pratique pour rendre la justice (en appel) dans la France méridionale.

Cour de justice royale, il était le sommet de la chaîne judiciaire du Midi de la France. Il avait compétence en dernier ressort sur les affaires judiciaires mais aussi économiques, politiques, administratives... Egalement chambre d'enregistrement des lois, aucune disposition légale ne pouvait s'appliquer dans le Midi sans avoir été enregistrée par le Parlement, il se mêlait donc d'un peu tout et défendait les intérêts du roi avec beaucoup de zèle, du moins à ses débuts car par la suite il devint plus rétif et s'autorisa parfois un droit de remontrance à l'égard du monarque !

A sa création le Parlement de Toulouse étendait son influence de l'Atlantique au Rhône et des Pyrénées au Massif central, soit bien au-delà des limites de la seule province de Languedoc. Suite à la création du Parlement de Bordeaux en 1462 il perdit une partie de son territoire à l'ouest, mais il resta le plus prestigieux des parlements de province, par exemple seuls les premiers présidents et présidents à mortier des parlements de Paris et Toulouse avaient le droit de se coiffer de leur toque de velours noir, ceux des autres parlements devaient se contenter de la porter à la main !
Voir la carte des parlements de France en 1789.

Dans le palais de justice actuel demeurent quelques vestiges de l'ancien parlement.

Arcs brisés du XVème siècle :
http://www.toulouse-brique.com/photos/tribunal/hall.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/tribunal/IMG_3101.JPG

La Grand'chambre a beaucoup changé mais des sondages ont révélé que sur les caissons du plafond les peintures originelles du XVème siècle sont toujours en bon état sous le décor actuel, elles représentent des animaux fantastiques, des salamandres, des portraits... il est actuellement question de les restaurer pour les rendre visibles.
http://www.toulouse-brique.com/photos/tribunal/grandchambre2.jpg

Une partie du mur d'enceinte médiéval auquel était adossé le Parlement a été conservée dans le hall :
http://www.toulouse-brique.com/photos/tribunal/IMG_3103.JPG

Dans la crypte archéologique se trouvent les fondations du Château narbonnais, résidence des comtes de Toulouse depuis 1155 (détruit au XVIème siècle car il menaçait ruine). Comme les comtes rendaient la justice en leur château, on peut donc établir que ce lieu sert à ce même usage depuis le XIIème siècle au moins. On trouve aussi dans cette crypte les fondations de la Porte narbonnaise, vestiges de la ville romaine :
http://www.toulouse-brique.com/photos/tribunal/cryptearcheo.jpg

La création du Parlement eut fatalement pour conséquence la diminution de l'importance du capitoulat, puisqu'il concentrait désormais dans ses mains des pouvoirs auparavant dévolus aux consuls municipaux. Il était de tradition que chaque année les capitouls offrent des cadeaux aux présidents, conseillers, gens du roi ainsi qu'aux principaux avocats. Une véritable dépense pour la Ville quand on songe qu'à la fin du XVIème siècle le nombre des membres du Parlement s'élevait à plus de cent. Encore s'agissait-il là du sommet d'un monde judiciaire qui faisait vivre un Toulousain sur cinq (si l'on compte les familles et les domestiques).

Etre parlementaire ne faisait pas votre fortune - en fait il était même nécessaire d'être déjà riche au préalable puisqu'il fallait acheter sa charge au roi - mais c'était appartenir à une classe de noblesse de robe très prestigieuse : "ce second sénat du royaume" avait même écrit un chroniqueur du XVIème siècle (le premier étant bien entendu le Parlement de Paris). Le Premier président marchait à l'avant de toutes les processions en ville, et la rentrée parlementaire était chaque année un événement à Toulouse. Elle se tenait tous les 11 novembre, à la saint-Martin, y assistaient en grande tenue les ducs et pairs, les gouverneurs de la province, les prélats, évêques et vicaires, les trésoriers généraux... et bien d'autres dont les capitouls.

Dernière modification par Pistolero (07-03-2019 10:45:21)


Q_DC et Maraudeur ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#16 07-03-2019 10:18:50

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Les capitouls et leurs annales manuscrites

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/capitouls.jpg

Apparus au XIIème siècle (1147) comme conseillers du comte, ces représentants de la classe bourgeoise prennent vite en main les affaires de la ville. Aux attributions habituelles des consuls et échevins des autres villes, les capitouls ajoutent l'exercice de la police et celui de la justice civile et criminelle (sauf appel au parlement).
Mais les capitouls sont très tôt confrontés d'abord aux comtes de Toulouse, ensuite aux agents royaux et au Parlement de Toulouse, qui n'auront de cesse de remettre en question leurs prérogatives.
Frère du roi et dernier comte de Toulouse (et en même temps premier comte qui n'était pas du Midi, puisqu'il tenait ce titre de son épouse, fille de Raymond VII), Alphonse de Poitiers au XIIIème siècle demande déjà aux capitouls de lui montrer des preuves de leur prétention à l'autonomie. Il s'agit plus pour lui de négocier pécuniairement cette autonomie que de la remettre véritablement en cause, mais cela sert d'avertissement aux capitouls qui décident de consigner par écrit leur histoire et leurs privilèges.
Dès 1295 naissent donc ces exceptionnelles annales manuscrites de la ville, collection de 12 gros registres sur parchemin dans lesquels sont écrits les récits des événements notables survenus chaque année, accompagnés d'enluminures, dont les portraits des capitouls qui exercent là leur droit à l'image (normalement réservé aux nobles).
Malgré un autodafé lors de la période révolutionnaire qui en fit disparaître un grand nombre, elles constituent une collection unique en Europe (voir cet aperçu sur flickr : https://www.flickr.com/photos/archives- … 4632144607)

Pour exemple, ci-dessous : Livre I des annales (1295-1532), chronique 112. Les portraits des capitouls de l'année 1412-1413 et La cour de la vierge Marie ou La vierge à la pomme. « Grande scène à trente figures. La Vierge, en robe d'or et manteau bleu doublé de rose pâle, dune draperie tourmentée, porte sur ses genoux l'enfant Jésus habillé de vert et tient une pomme de la main droite... » [E. Roschach, Les douze livres de l'histoire de Toulouse]. Sous la représentation de la Vierge, sont représentées les armes de Toulouse tenues par deux anges nimbés d’or : le château Narbonnais, à gauche, et l'église Saint-Sernin, à droite, l'agneau pascal, en dessous, un semis de fleurs de lis surmonte ces derniers.
Les douze capitouls sont représentés agenouillés, en deux rang de six, tournés vers la Vierge, en prière. Derrière chacun d'eux, un saint (soit un apôtre, soit leur saint patron), se tient debout. Les uns ont la main posée sur l'épaule du capitoul, d'autres sur leur tête.
http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/annales_capitouls_1412.jpg
Copyright Archives municipales de Toulouse (lien)

Mais dans cette lutte d'influence engagée entre les capitouls et les représentants du pouvoir royal, les annales ne sont qu'un élément parmi d'autres. Les capitouls glorifient leur rôle par d'autres moyens, comme cette peinture de la Renaissance attribuée à Arnaut Arnaut (vers 1570) qui s'intitule "Les Quatre fonctions du capitoulat toulousain". Les allégories illustrent les charges que les capitouls assuraient : la justice municipale avec l'épée et la balance, les réparations et travaux publics avec un pic, une truelle et une portion de muraille, l'administration des hôpitaux avec une chapelle et les attributs des pèlerins de Saint-Jacques, ainsi que la police des métiers, avec des instruments de mesure. A leurs pieds, des poids et mesures évoquent la réglementation et la surveillance du commerce :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/arnaut%20(1).JPG

Devenir capitoul conférait un état de dignité assorti de divers privilèges. Parmi ceux-ci, citons sans être exhaustif le droit de n'être pas mis à mort ni torturé en cas de condamnation (bien qu'il y eût quelques exceptions au fil des siècles), des exemptions fiscales, des avantages en nature très variés (torches, confitures, cire, sel...), mais surtout des privilèges honorifiques fort prisés comme le costume, et le droit d'image dont découlèrent les portraits et les miniatures des Annales... il arrivait qu'en cas de condamnation les portraits fussent effacés, et même repeints en cas de réhabilitation ! Enfin le graal fut atteint au XVIème siècle avec le droit d'accéder à la noblesse pour les capitouls qui n'étaient pas déjà nobles.

Dernière modification par Pistolero (07-03-2019 10:40:08)

Hors ligne

 

#17 07-03-2019 10:35:32

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

Le donjon du Capitole
Edifié de 1525 à 1530, le "donjon" du Capitole abritait les réunions des capitouls au rez-de-chaussée dans ce qu'on appelait le "Petit consistoire", et les archives de la ville à l'étage. A cette époque la Renaissance avait commencé à influencer l'architecture de la ville ici et là, toutefois le donjon est encore de style gothique... à l'exception de son toit qui a été transformé en une sorte de beffroi flamand par Viollet-le-Duc au XIXème siècle. On ne lui en voudra pas trop, le bâtiment menaçait ruine et son intervention l'a certainement sauvé.

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/donjon-1.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/donjon%20(2).JPG

Sur une façade du donjon, dans un cadre de pierre disposé à la manière d'un temple antique dont les chapiteaux des colonnes mettent en œuvre la superposition des ordres dorique et ionique, les capitouls se présentent tels des consuls romains. Les blasons ont malheureusement été martelés à la Révolution.

L'inscription en latin gravée dans la pierre annonce : FIEBAT ANNO CHRISTIANAE SALUTIS MDXXV IDIBS NOVEBR NOBILIBUS PREINSIGNITIS CAPITOLINIS DECURIONIBUS, qui signifie "A été fait l'année du salut 1525, aux ides de novembre, par les nobles et très distingués décurions du Capitole".

En se posant en "décurions" siégeant dans un "Capitole" les capitouls de la Renaissance espéraient mettre en avant une légitimité historique remontant à l'Antiquité (alors que le capitoulat a été créé en 1147) et dépassant celle des rois de France, face à une administration royale et à un parlement qui tendaient de plus en plus à limiter leurs prérogatives.

Cette obstination à glorifier l'institution finit à la longue par porter ses fruits : Au XVIIIème siècle le roi Louis XV écrivait "Lesdits capitouls de Toulouse acquièrent par leur charge, pour eux et pour leurs descendants, le droit de noblesse. Ils ont joui de tout temps de ce droit, même avant l'union du comté de Toulouse à la Couronne et cette noblesse est si ancienne qu'on n'en connaît pas l'origine."

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/donjon%20(3).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/donjon%20(4).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/donjon%20(5).JPG

Dessin du donjon avant sa restauration par Viollet-le-Duc :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/donjon_avant2.JPG

Dessin de l'intérieur du Petit consistoire :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/petit_consistoire.JPG

Sur le toit du donjon a été placée en 1550 une des très belles réalisations de la Renaissance toulousaine (mais retirée en 1823 elle n'y était déjà plus quand Viollet-le-Duc est passé)  : une statue en bronze de dame Tholose, œuvre du sculpteur Jean Rancy et du fondeur Claude Pelhot, tous deux venus de Lyon. Toulouse profita là de la présence de son imposant arsenal (qui fabriquait armes, canons et cloches) pour réaliser la fonte de cette statue de grande taille, une première en France en dehors des ateliers du roi.
Nul, pas même en Italie, ne s'était alors risqué à une œuvre aussi dynamique, campée sur un seul appui (Jean de Bologne fit son Mercure volant plus de 15 ans plus tard). Avec cette œuvre Rancy s'affirme comme étonnamment précoce, par la maîtrise du drap mouillé qui fera la force de Jean Goujon, par la science des gestes, des torsions et des multiples points de vision, principe qui sera théorisé par Cellini, ou encore par l'inédit élancement du corps.
Elle tenait une girouette dans sa main droite et s'appuyait de sa main gauche sur un écu aux armes de la ville. Sur l'écu étaient inscrites les lettres CPQT MDL, soit Capitulum Populusque Tolosanum 1550, "le capitoulat et le peuple de Toulouse" qui, à la manière du SPQR romain, renvoyait à Rome et à l'idée de République urbaine, les capitouls de la Palladia Tolosa se targuant de siéger au sein d'un Capitole.

http://www.toulouse-brique.com/photos/hoteldeville/tholose.JPG

Voilà de quoi annoncer la partie suivante : la Renaissance.

Dernière modification par Pistolero (07-03-2019 10:52:22)


Maraudeur a aimé ce post.

Hors ligne

 

#18 09-03-2019 08:32:21

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

La Renaissance

Au début du XVIème siècle, Toulouse était la 3ème ville de France (laquelle France était alors plus petite qu'aujourd'hui). Une capitale provinciale riche et puissante que le commerce du pastel était en train de doter de marchands d'envergure internationale, chose rare dans son histoire.
Ajoutons à cela un parlement puissant dont le ressort s'étendait du Rhône à la Bigorre, une université réputée même au-delà des frontières (en droit notamment), un vaste archevêché, une basilique Saint-Sernin qui passait pour l'un des lieux les plus saints du monde, et vous avez là des facteurs de dynamisme propres à attirer les hommes ambitieux et à favoriser un climat d'émulation sociale dans lequel il était important de s'afficher.

Foyer d'érudition et d'humanisme, Toulouse fit bon accueil à la Renaissance et chercha à renouer avec son passé antique prestigieux dont il restait bien peu de vestiges visibles, les briques des anciens monuments romains ayant été recyclées dans de nouveaux au long du Moyen âge.
On renoua avec la Palladia Tolosa des poètes latins, placée sous le patronage de la déesse Pallas-Athéna (Minerve), protectrice des sciences et des arts, en 1522 l'hôtel de ville de capitulum (chapitre) devint Capitolium (Capitole), et on eut naturellement le souci d'imiter Rome et ses références antiques.

Si à Toulouse ce nouvel art trouva sa première application architecturale en 1518 dans le décor des portes de la crypte sud de la basilique Saint-Sernin, c'est surtout dans l'architecture privée qu'il connut sa plus belle expression pendant une bonne centaine d'années. Les propriétaires éclairés réclamaient des éléments "à l'anticque", que l'on retrouve surtout sur les fenêtres, portails, cheminées et moulures. Les collections d'antiques comprenant des médailles, on en trouve l'écho dans les nombreux portraits en médaillon sculptés dans les cours des hôtels particuliers de cette époque.

La porte sud de la crypte de Saint-Sernin (1518, Jean Dubois) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/porte-crypte-renaissance%20(1).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/porte-crypte-renaissance%20(3).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/st-sernin/porte-crypte-renaissance%20(4).JPG

Dernière modification par Pistolero (09-03-2019 08:38:55)

Hors ligne

 

#19 09-03-2019 08:33:48

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

C'est ensuite à l'hôtel du Vieux-Raisin (dit aussi de Béringuier-Maynier, 1515-1527) que l'on retrouve ce nouveau style, sur des structures encore gothiques. L'hôtel ayant fait l'objet d'une deuxième campagne à la fin du XVIème siècle (sur laquelle nous reviendrons), c'est sur les deux tours d'escalier et la première travée à gauche que se concentre ce décor.
https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/raisin-10b.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/raisin-4.jpg

Au-dessus de la porte de la tour se lit la devise : VIVITUR INGENIO CETERA MORTIS ERUNT, « On vit par l'esprit, tout le reste appartient à la mort ».
https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/tour%20(1).JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/tour%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/raisin-26.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vieux-raisin-2016%20(1).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vieux-raisin-2016%20(2).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vieux-raisin-2016%20(3).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vieux-raisin-2016%20(4).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vieux-raisin-2016%20(5).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/raisin-13-b.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vxraisin%20%281%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/vieux_raisin/vxraisin%20%282%29.JPG


Q_DC a aimé ce post.

Hors ligne

 

#20 11-03-2019 14:13:27

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

L'hôtel d'Ulmo
Construit entre 1526 et 1536 pour Jean d'Ulmo, président à mortier au Parlement et corrompu notoire qui finit pendu, cet hôtel fut le premier à Toulouse à adopter un escalier Renaissance (escalier droit et non plus à vis). Son beau baldaquin de marbre est plus tardif (début XVIIème siècle sans doute).

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/ulmo-4.jpg

Sous son médaillon, la devise de Jean d'Ulmo gravée dans la pierre : DURUM PACIENTIA FRANGO, "Ma patience triomphe de tout".
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/ulmo-5.jpg

Et le médaillon de madame, au parfait profil grec :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/ulmo-6.jpg

L'hôtel de Bernuy
La cour Renaissance en pierre a été construite de 1530 à 1536, son architecte fut Louis Privat. Ce dernier était ouvert aux influences espagnoles plateresques et réussit - selon les mots de l'historien Paul Mesplé - à faire vivre l'Espagne, l'Italie et la Loire sous le ciel de Toulouse. En effet l'influence du val de Loire se remarque particulièrement dans les chapiteaux composites, alors que les colonnes-candélabres par exemple sont inspirées des Medidas del romano, traité espagnol de Diego de Sagredo dont on relève également l'influence dans d'autres hôtels particuliers toulousains.
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-02.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-01.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-04.jpg

Cette voûte surbaissée était une prouesse architecturale pour l'époque :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-12.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-03.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-17.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-07.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-08.jpg

Les fameuses colonnes-candélabres de l'hôtel de Bernuy sont inspirées des Medidas del romano, traité espagnol de Diego de Sagredo (1526). Elles ne sont pas les seuls éléments de l'hôtel dans ce cas.
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-colonnes.JPG

Pour comparaison gravure tirée du traité Medidas del romano :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/illustration-medidas.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-2-19.jpg

Le portail sur rue date de la première campagne de construction gothique (1503-1504, putti, devise), mais a été complété lors de la deuxième campagne (médaillons) :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/bernuy-portail.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/portail.JPG

La devise des Bernuy est gravée en latin : SI DEUS PRO NOBIS, début d'une phrase de la Bible signifiant "Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?"
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/devise.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/port_bernuy%20%282%29.JPG

Les médaillons Renaissance du portail :
http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/Renaissance/medaillons_bernuy.jpg

Pour preuve de son importance, la cour de l'hôtel de Bernuy a été moulée pour la cité de l'architecture au Palais de Chaillot pour illustrer la première Renaissance en France :
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/bernuy/cite-archi%20(3).jpg


GRD_34 et Maraudeur ont aimé ce post.

Hors ligne

 

#21 13-03-2019 09:01:17

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

L'hôtel Dahus-Tournoer

Une partie de cet hôtel date du XVème siècle et de sa construction par le capitoul Pierre Dahus. La tour fut érigée en 1532 par le président du Parlement Paul Tournoer et cache paraît-il le plus bel escalier Renaissance à vis de la ville.
La présence de (faux) créneaux et mâchicoulis ne répond à aucune nécessité défensive, il s'agit d'une marque de seigneurie utilisée comme un symbole. A cette époque, et c'était aussi le cas à l'hôtel de Bernuy initialement, l'architecte devait composer à la fois avec les codes de la Renaissance et avec une quête d'honorabilité qui imposait certaines traditions.http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/tournoer-1.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/tournoer-3.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/dahus%20(1).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/dahus%20(4).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/dahus%20(3).JPG

Une devise en latin est inscrite sur la tour : ESTO MIHI DOMINE TURRIS FORTITUDINIS A FACIE INIMICI, « Sois pour moi, Seigneur, une tour de courage face à l'ennemi ».
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/dahus%20(5).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/dahus%20(5-2).JPG

Dernière modification par Pistolero (13-06-2019 17:40:46)

Hors ligne

 

#22 13-03-2019 09:02:33

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

L'hôtel de Pins

L'hôtel fut bâti dans les années 1530 pour Jean de Pins, conseiller au Parlement de Toulouse, évêque de Pamiers puis de Rieux. Ce prélat humaniste fameux avait effectué plusieurs ambassades en Italie pour François Ier, il entretint notamment des correspondances avec Erasme et Etienne Dolet pourtant mal vus par l'Eglise. En 1542, l'hôtel fut acquis par Jean de Nolet qui fit travailler Nicolas Bachelier à son agrandissement. Puis l'hôtel fut pratiquement démoli lors du percement de la rue du Languedoc à la fin du XIXème siècle, mais ses belles galeries à arcades ont été remontées en fond de cour.

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins-2016%20(1).JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins-7.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins-4.jpg

Les portraits en médaillon qui décorent un certain nombre d'hôtels particuliers Renaissance de la ville sont une évocation des médailles et monnaies antiques que collectionnaient les humanistes toulousains. Ils représentent généralement le propriétaire et sa famille.
http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/Renaissance/pins-%20%281%29.JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins-2016%20(3).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins%20%282%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins_%20(2).JPG

C'est l'un des premiers hôtels de Toulouse à avoir eu des chapiteaux faisant directement référence aux ordres d'architecture, en ce cas l'ordre ionique, tiré de l'édition du traité de Vitruve publiée par Cesariano en 1521. Il est probable que Jean de Pins avait eu connaissance de cette édition alors qu'il était en poste à Milan.
Toutefois réaliser correctement la volute d'un chapiteau ionique nécessitait des connaissances mathématiques qui ne semblent pas avoir été employées ici, il était sans doute encore un peu tôt pour cela au début des années 1530 à Toulouse.

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/pins%20%281%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/gravure_ionique_pins.jpg
(Illustration tirée de l'exposition "Toulouse Renaissance" - 2018)

Hors ligne

 

#23 13-03-2019 09:06:59

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

L'hôtel de Montval

Cet hôtel n'est pas du XVIème siècle mais du début du XXème. Toutefois ses éléments les plus notables (arcades, médaillons) viennent de l'hôtel de Pins vu ci-dessus, et plus précisément de la partie détruite par le percement de la rue du Languedoc dont plusieurs éléments Renaissance ont été réemployés ici. Certains médaillons sont l'oeuvre de Nicolas Bachelier.
http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/montval-2.jpg

http://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/montval-3.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/montval-4.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/montval-5.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/hotels/hotels-16-parlement/montval-6.jpg

Hors ligne

 

#24 14-03-2019 09:25:02

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

L'église de la Dalbade
Le portail Renaissance de la Dalbade fut réalisé par le tailleur de pierre Michel Colin. Dans la partie inférieure (1537-1539) il s'inspire du Val de Loire. Changement de style dans la partie supérieure à partir de 1540, l'ordre d'architecture fait son apparition et les chapiteaux classiques supplantent les chapiteaux composés et à figures qui caractérisaient l'art de la première Renaissance.
Le beau tympan en céramique date du XIXème siècle.

https://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade1.jpg

https://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade-renaissance%20(2).JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade-renaissance%20(3).JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade-renaissance%20(5).JPG

https://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade-renaissance%20(8).JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade%20%286%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade%20%283%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade%20%285%29.JPG

http://www.toulouse-brique.com/photos/autres-eglises/dalbade%20%284%29.JPG

Ce magnifique tympan en céramique, œuvre de Gaston Virebent au XIXème siècle, reproduit le tableau du "Couronnement de la Vierge" de Fra Angelico, peintre célèbre de la Renaissance italienne (XVème siècle). Il trouve donc parfaitement sa place dans le décor Renaissance de ce portail.
http://www.toulouse-brique.com/photos/virebent/virebent%20(2).jpg


Maraudeur a aimé ce post.

Hors ligne

 

#25 14-03-2019 09:26:02

Pistolero
Tour Montparnasse
Lieu: Toulouse / Paris
Date d'inscription: 17-12-2010
Messages: 1241
Site web

Re: Toulouse - Candidature à l'UNESCO - [Photos]

L'hôtel de Bagis
La façade en fond de cour de ce qui est maintenant appelé l'hôtel de pierre date de 1538.
Elle fut élevée pour le conseiller au parlement Jean de Bagis par l'architecte Nicolas Bachelier. Cette façade qui peut paraître quelconque à l’œil profane (et c'est pour cette raison que je n'en ai pas de bonnes photos) au regard des autres éléments maniéristes de l'hôtel, postérieurs de plusieurs décennies, marque pourtant une nouvelle étape dans la Renaissance toulousaine.
L'architecte laisse ici de côté l'accumulation décorative pour se concentrer sur la régularité de la façade et des percements, ainsi que sur la distribution intérieure avec l'escalier monumental établi en œuvre et au centre de la composition.

Le portail aux atlantes attribué à Bachelier par l'historiographie toulousaine semble bien être en réalité, lui aussi, postérieur de plusieurs décennies, on l'abordera donc plus tard.
http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/Renaissance/bagis.JPG

Les fenêtres savantes "à l'antique" sont conçues comme autant de petits monuments isolés présentant l'ordre dorique.
http://www.toulouse-brique.com/photos/divers/Renaissance/bagis_fenetres_bachelier.jpg

Hors ligne

 


Pied de page du Forum

Powered by FluxBB

Copyright © 2006-2019 PSS
Mentions légalesQui sommes-nous ?Contact